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11 décembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF alarmée par une série de nouvelles atteintes à la liberté de l’information


Reporters sans frontières dénonce la poursuite de la campagne de répression menée par les autorités égyptiennes à l’encontre des médias et des journalistes. Alors que le journaliste turc Metin Turan, correspondant pour la TRT, détenu depuis le 16 août dernier, a été libéré le 9 décembre 2013, de nombreux professionnels de l’information sont toujours incarcérés et continuent d’être poursuivis devant les tribunaux civils et militaires. Par ailleurs, certaines dispositions du projet de Constitution représentent des menaces pour la liberté de l’information en Egypte. “Reporters sans frontières est inquiète de la multiplication des signaux contradictoires envoyés par les autorités égyptiennes aux professionnels de l’information. Exercer le métier de journaliste en Egypte est une tâche de plus en plus ardue. L’arrestation, la détention voire l’incarcération sous des prétextes fallacieux, tout comme la multiplication des poursuites judiciaires à l’encontre des journalistes ont un grave effet dissuasif sur la profession. Ces pratiques doivent cesser, et les journalistes toujours détenus en raison de leurs activités professionnelles doivent être libérés immédiatement et sans condition. Les autorités égyptiennes se doivent d’être les garantes de la liberté d’information,” déclare Reporters sans frontières.

Projet de Constitution partiellement protecteur

Le projet de constitution présenté par le “Comité des 50” début décembre contient certaines avancées plutôt encourageantes pour la protection de la liberté de l’information. En effet, le texte entend garantir la liberté d’expression et d’opinion (article 65), la liberté de la presse (article 70) ainsi que l’indépendance des médias (article 72). L’article 71 interdit également le recours à la censure et à des peines privatives de liberté pour les délits de presse. Ce texte prévoit néanmoins deux exceptions majeures et dangereuses en matière de censure. Les autorités peuvent en effet l’utiliser non seulement en temps de guerre, mais également lorsque “l’Etat d’urgence” est décrété. Or, les modalités concrètes d’un tel cas de figure et les prérogatives de l’Etat qu’il implique ne sont pas explicitées. Ceci constitue un grave danger pour la liberté de l’information.

Poursuite des arrestations et des détentions

Malgré ces gages constitutionnels, les autorités égyptiennes poursuivent leur campagne d’arrestations et de détentions arbitraires. En effet, au cours du mois de novembre, nombre de professionnels de l’information ont été arrêtés, en premier lieu des journalistes collaborant pour des médias des Frères musulmans ou affiliés à la confrérie. Said Abu Haj, correspondant pour le Centre des médias du Nord Sinaï, a été arrêté le 5 novembre 2013 sur son lieu de travail par la Direction de la sécurité. On ignore avec précision les charges qui pèsent contre lui et si ces dernières sont en lien avec son activité professionnelle. Mais la Cour du Nord Sinaï a décidé, le 17 novembre, de prolonger une nouvelle fois pour quinze jours la détention du journaliste “pour les besoins de l’enquête”. Ahmed Al-Sioufi, directeur du bureau égyptien de la chaîne iranienne Al-Alam, a été une nouvelle fois arrêté à son domicile, le 7 novembre 2013 dans la matinée. Les charges retenues contre lui ainsi que son lieu de détention restent inconnues. Il avait déjà été interpellé le 20 juillet dernier et relâché vingt-quatre heure plus tard. Amro Qazzaz, directeur du réseau d’information Rassd étiqueté pro-Frères musulmans, a lui été arrêté le 12 novembre 2013 à son domicile. On ignore toujours son lieu de détention et les motifs de son arrestation. Alors qu’il se trouvait à l’aéroport en partance pour une conférence organisée à Londres, Hani Salah Eddine, directeur de la rédaction de la chaîne Misr 25, a été empêché de quitter le territoire égyptien le 28 novembre 2013. Il a, par la suite, été convoqué par le procureur général et placé en détention le 1er décembre dans le cadre d'une enquête pour "diffusion d'informations mensongères" et "incitation à la violence". Il est toujours détenu depuis. Dernière arrestation en date : celle du journaliste copte Bishoy Armia, le 4 décembre 2013. Ce correspondant pour la chaîne américaine copte Al-TarekTV a été interpellé alors qu’il prenait des photos de maisons et d’édifices religieux coptes endommagés dans le village de Badraman dans la province de Minya (sud du Caire). L’accusant d’“inciter à la haine intercommunautaire” et de “diffuser une image éronée de la situation des Coptes en Egypte”, le procureur de Minya a, le 6 décembre, ordonné le placement en détention provisoire du journaliste pour quinze jours. Parallèlement, les autorités n’hésitent pas à interpeller les journalistes qui couvrent les manifestations organisées pour protester contre les abus de l’armée. Aaron T. Rose, photographe américain pour le Daily News Egypt, a été arrêté le 24 novembre alors qu’ils couvrait une manifestation organisée devant l’université d’Al-Azhar. Il a été relâché le jour même vers minuit. Bassem Al-Sharif, correspondant pour le site d’information Moheet, a quant à lui été moins chanceux. Arrêté par la police égyptienne le 29 novembre alors qu’il couvrait des mouvements de protestation au Caire, il est toujours détenu. Alors que Metin Turan a été récemment libéré, certains professionnels de l’information sont toujours incarcérés depuis plusieurs mois. Mohamed Badr, cameraman pour Al-Jazeera Mubashir Misr, est détenu depuis son arrestation le 15 juillet dernier. Il en va de même pour Abdullah Al-Shami, reporter d’Al-Jazeera Mubashir Misr, arrêté le 14 août dernier et détenu à la prison d’Abu Zaabal à une vingtaine de kilomètres du Caire dans des conditions difficiles.

Des journalistes poursuivis devant des tribunaux civils en vertu du code pénal, mais aussi devant des juridictions militaires

Le harcèlement des professionnels de l’information passe aussi par les poursuites judiciaires dont ils font l’objet. Ainsi, des juges ont, devant une cour pénale, porté plainte pour “diffamation” et “insultes” contre Magdy el Gellad, ancien rédacteur en chef d’Al-Masry Al-Youm et actuel rédacteur en chef d’Al-Watan, et contre Mohamed Senhuri, journaliste pour Al-Masry Al-Youm, devant une cour pénale suite à la publication d’un article en 2012, dans lequel le journaliste citait le juge Hisham Al-Genina dénonçant le manque de transparence des élections au sein du Club des juges. La prochaine audience dans le cadre de ce procès a été fixée au 24 décembre prochain. Le rédacteur en chef du quotidien Sawt Al-Ummah, Abdel Halim Qandil, fait également l’objet de poursuites judiciaires. Suite à des propos tenus dans un débat télévisé, il est accusé de “propos diffamatoires” et “insultes aux juges et à l’institution judiciaire égyptienne”. Un juge d’instruction a entammé une enquête et a ordonné son arrestation le 11 novembre dernier. Abdel Halim Qandil n’a été libéré qu’après s’être acquitté d’une caution. La procédure engagée contre lui reste d’actualité. Abdel Halim Qandil est d’ailleurs poursuivi dans une autre affaire, suite à un article publié en 2012 dans lequel il aurait “insulté” des fonctionnaires publics. La prochaine audience dans le cadre de cette affaire a été fixée au 1er janvier 2014. Bassem Youssef fait quant à lui l’objet d’une enquête sur la base d’une trentaine de plaintes, entre autres pour “offense à l’armée”. Ces procédures font suite à des propos tenus dans le cadre de son programme télévisé, Al-Barnameg du 26 octobre dernier.