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8 avril 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières indignée par le bombardement d'Al-Jazira à Bagdad


Reporters sans frontières s'est indignée, dans une lettre adressée au général Tommy Franks, qui dirige depuis le Qatar les opérations militaires en Irak, des bombardements qui ont touché, le mardi 8 avril 2003, au matin, les bureaux des chaînes arabes Al-Jazira et Abu Dhabi TV à Bagdad, causant la mort d'un journaliste et en blessant un autre. "L'organisation condamne fermement ces bombardements sur un quartier de Bagdad connu pour abriter plusieurs bureaux de chaînes de télévision," a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "Afin d'assurer la sécurité de ses journalistes depuis le début de la guerre, la direction de la chaîne Al-Jazira a pris soin d'informer tout au long de la guerre les Américains de la localisation exacte de ses équipes en Irak. L'armée américaine ne peut donc pas prétendre qu'elle ne savait pas où se trouvait le bureau d'Al-Jazira à Bagdad. Un avertissement a-t-il seulement été adressé aux journalistes pour les prévenir de l'imminence de ces frappes ? L'issue était prévisible : un huitième journaliste a été tué alors qu'il couvrait cette guerre en Irak, extrêmement meurtrière pour les professionnels des médias," a-t-il ajouté. L'organisation a demandé à Tommy Franks l'ouverture d'une enquête sérieuse et indépendante pour établir les responsabilités et les raisons qui ont conduit à ce drame. Un journaliste d'Al-Jazira qui se trouvait encore à Bagdad il y a quelques jours a déclaré à Reporters sans frontières : "Il ne peut pas s'agir d'une erreur pour la bonne et simple raison que, d'une part, Al-Jazira avait informé le Pentagone de la localisation de tous ses bureaux en Irak, et que d'autre part, nous avons placé d'énormes banderoles sur la façade de nos bureaux marquées "TV"." Tarek Ayoub, de nationalité jordanienne, correspondant permanent de la chaîne à Amman, avait été envoyé en renfort en Irak après le déclenchement de la guerre. Grièvement blessé mardi matin après la chute d'un missile sur le bureau de la chaîne, il est décédé des suites de ses blessures. Le bureau de la chaîne est situé dans un bâtiment résidentiel entre l'hôtel Mansour et le ministère du Plan, dans le quartier des ministères au centre de la capitale irakienne. Un autre reporter, Zouhair Al-Iraqi, de nationalité irakienne, a été blessé au cou dans l'attaque. Le 7 avril, la voiture d'Al-Jazira, pourtant marquée du sigle de la chaîne, a essuyé des tirs américains sur une autoroute à l'extérieur de Bagdad. Le 2 avril, le bureau de la chaîne à Bassorah, au sud du pays, avait été intentionnellement et directement la cible de tirs d'obus, avait déclaré la chaîne. Le 29 mars, quatre membres de l'équipe d'Al-Jazira à Bassorah, seuls journalistes présents dans cette ville, ont été pris sous des tirs en provenance de chars britanniques alors qu'ils filmaient une distribution alimentaire organisée par le gouvernement irakien. Un cameraman de la chaîne, Akil Abdel Reda, alors porté disparu, avait été détenu pendant douze heures par les forces américaines. En novembre 2001, le bureau d'Al-Jazira à Kaboul avait également été bombardé par les forces américaines lors de la guerre contre le régime des taliban en Afghanistan. Reporters sans frontières s'était alors  adressée au secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld en demandant des explications sur ce bombardement. L'administration américaine n'a jamais fourni aucune réponse. Au vingtième jour de la guerre, sept journalistes et un collaborateur des médias ont été tués dans des circonstances directement liées à leur couverture du conflit. Au moins cinq journalistes ont été blessés, et deux sont toujours portés disparus, Frédéric Nerac et Hussein Osman, de la chaîne britannique ITN. Les noms des journalistes tués sont : Paul Moran (ABC), Terry Lloyd (ITN), Kaveh Golestan (BBC), Michael Kelly (Washington Post), Kamaran Abdurazaq Muhamed (BBC), Christian Liebig (Focus), Julio Anguita Parrado (El Mundo) et Tarek Ayoub (Al-Jazira).