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29 septembre 2021

Réouverture du procès d’Erol Onderoglu en Turquie: “il est temps de mettre fin à cinq ans d'incohérence judiciaire”

A la veille de la réouverture du procès du représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie, l’organisation appelle les autorités turques à abandonner toutes les charges qui pèsent contre Erol Onderoglu (RSF)
A la veille de la réouverture du procès du représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie, l’organisation appelle les autorités turques à abandonner toutes les charges qui pèsent contre Erol Onderoglu, qui risque plus de 14 ans de prison pour avoir soutenu un quotidien d’opposition pro-kurde.

Le représentant de RSF en Turquie, Erol Onderoglu, sera de nouveau devant les juges ce jeudi 30 septembre, avec ses deux co-accusés, la défenseure des droits humains Şebnem Korur Fincancı et le journaliste et écrivain Ahmet Nesin. Tous les trois sont poursuivis pour avoir pris part, en mai 2016, à une campagne de solidarité en faveur du quotidien d'opposition pro-kurde Özgür Gündem. Leur procès, qui avait débuté le 3 février dernier et devait reprendre en mai, avait été interrompu du fait de la pandémie de Covid-19.



“Il est temps de mettre fin à cinq ans d’incohérence judiciaire, déclare le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Ce procès kafkaïen est une démonstration de l’acharnement des autorités turques contre des personnalités courageuses qui défendent sans relâche la liberté de la presse dans leur pays. L’utilisation d’accusations de terrorisme relève ici de l’absurde. La justice turque s’honorerait d’abandonner ces poursuites, en marquant son refus de se voir instrumentalisée."



En mai 2016, Erol Onderoglu et une cinquantaine d'autres personnalités s’étaient relayées pour assumer symboliquement et quotidiennement la rédaction en chef du  quotidien Özgür Gündem persécuté par les autorités turques. C’est sur la base d’articles publiés pendant cette campagne de soutien qu’ils sont poursuivis pour  “propagande terroriste”, “éloge d’un crime ou criminel” et “apologie d’un crime”. Des accusations pour lesquelles ils sont passibles de 14 ans et six mois de prison en vertu de la loi anti-terreur n° 3713 et du Code pénal turc.



Au terme d’un premier procès marqué par de nombreux reports et qui avait duré plus de trois ans, Erol Onderoglu et ses co-accusés avaient été acquittés en juillet 2019. Une décision alors saluée par RSF comme “une victoire exceptionnelle de la justice et de la liberté de la presse dans un pays où l'une et l'autre sont violées chaque jour”.



Cette décision a cependant été annulée en 2020 par la troisième chambre pénale de la Cour d’appel d’Istanbul qui a rejeté le caractère symbolique de la campagne de soutien à Özgür Gündem et reproché à la Cour d’assises d’avoir traité ces trois cas séparément de celui du rédacteur en chef du journal, Inan Kizilkaya. Une semaine plus tôt, le Président Erdogan avait publiquement attaqué l’un des co-accusé de 'terroriste'. La Cour d’assises a ainsi été sommée de reprendre toute la procédure et devra à nouveau juger les trois co-accusés, pour les mêmes charges. Seule évolution par rapport au premier procès : le rédacteur en chef d’Özgür Gündem est convoqué comme témoin et pourrait être auditionné.



Représentant de RSF en Turquie depuis 1996, Erol Onderoglu est un journaliste et fervent défenseur de la liberté de la presse. Sa rigueur et sa droiture, reconnues dans le monde entier, en ont fait une personnalité de référence sur la Turquie. Il a reçu plusieurs prix internationaux.



La Turquie est actuellement la plus grande prison européenne pour les journalistes professionnels, et les quelques médias indépendants qui y subsistent subissent un harcèlement et une marginalisation continus, tandis que les journalistes détenus et les rédactions contraintes de fermer sont privés de tout recours légal.



La Turquie occupe le 153e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.