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31 octobre 2017

Recrudescence de la violence contre les journalistes dans le nord de l’Irak

SAFIN HAMED / AFP
Un caméraman de la chaîne Kurdistan TV assassiné à son domicile dans la région de Kirkouk et des journalistes violemment agressés par des manifestants à Erbil. En l’espace de quelques heures, deux incidents séparés ont révélé une inquiétante dégradation de la situation des journalistes dans le nord de l’Irak.

Vers 3 heures du matin dans la nuit du dimanche 30 octobre, des hommes armés non identifiés ont poignardé à mort Arkan Sharif à son domicile à Daqouq, au sud de Kirkouk, alors que sa famille était enfermée dans une autre pièce. Les motifs de ce meurtre demeurent jusqu’à ce jour inconnus. Le cameraman de 50 ans et père de trois enfants travaillait depuis 2004 pour la chaîne Kurdistan TV, affiliée au parti Démocratique du Kurdistan (PDK). Il était également professeur dans une école primaire d’un village de la localité.


“Nous condamnons fermement cet assassinat et demandons l’ouverture au plus vite d’une enquête impartiale par les autorités irakiennes afin que la lumière soit faite sur les motivations et les auteurs de ce crime, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. Les différends politiques qui affectent en ce moment cette région du monde ne doivent pas occulter une réalité inacceptable, à savoir que des crimes sont commis contre des civils et notamment contre un journaliste qui a été assassiné de sang froid”.


Dans un communiqué, la chaîne Kurdistan TV a condamné le meurtre du journaliste estimant qu’il faisait partie d’une série de violations graves commises contre des civils, notamment kurdes, et que cela confirmait l’absence de sécurité dans les zones reprises par l’armée irakienne et les forces paramilitaires chiites, les forces de la Mobilisation Populaire (Hachd al-Chaabi).


Contacté par RSF, le responsable du Département des affaires étrangères de la région du Kurdistan, Falah Mustafa, a également évoqué de nombreux cas de violations de droits humains contre des civils, en particulier des journalistes, depuis l’avancée de l’armée irakienne et des forces de la Mobilisation populaire dans les territoires disputés.


Les médias kurdes sous de multiples pressions


Des médias kurdes pro-PDK se sont par ailleurs retrouvés mêlés aux tensions entre les autorités kurdes et Bagdad. Le 23 octobre dernier, la Commission des médias et de la Communication (CMC) irakienne a ordonné la fermeture et l’arrêt des chaînes kurdes pro-PDK Rudaw TV et Kurdistan 24, les accusant de ne pas avoir de licence et de diffuser des informations incitant à la violence et à la haine. Dans un communiqué publié le 28 octobre dernier, la chaîne Rudaw TV a nié ces accusations et affirme n’avoir pas été officiellement informée de cette interdiction, ni avoir reçu d’avertissement ou plainte au préalable.


La décision prise par Massoud Barzani le 29 octobre dernier de renoncer à la présidence à la suite du référendum mené par lui, qui a causé une crise sans précédent avec le gouvernement fédéral de Bagdad, a également contribué à faire monter la tension dans la région.


Des journalistes kurdes ont été pris à partie et agressés par des manifestants mécontents alors qu’ils couvraient, le 29 octobre dernier, l’annonce du départ du président de la région autonome du Kurdistan (KRG) devant le Parlement kurde à Erbil. Le reporter de la chaîne NRT TV, Rebwar Kakaye, faisait une interview en live quand il a été roué de coups de bâtons et son matériel cassé par des manifestants qui cherchaient à pénétrer de force dans le Parlement. Il a dû être transféré à l’hôpital. Les reporters des chaînes KNN TV et Roj News, respectivement Salih Harki et Qarachux Anwer, ont également été agressés. Les locaux de la chaîne NRT TV à Erbil et Dohuk, au Kurdistan irakien ont également été saccagés dans la soirée du 29 octobre dernier.


L’Irak figure à la 158ème place du Classement 2017 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.