Actualités

15 mars 2013 - Mis à jour le 25 janvier 2016

Rapport spécial sur la surveillance, avec un focus sur 5 pays et 5 entreprises "Ennemis d’Internet"


Lire en russe / Читать по-русски

A l’occasion du 12 Mars, Journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters sans frontières publie un Rapport spécial sur la surveillance, disponible sur surveillance.rsf.org. Grâce aux technologies d’intrusion informatique et d’interception de communications, les Etats procèdent à un nombre grandissant
d’arrestations de journalistes, de citoyens-journalistes et de
dissidents. A la date du 12 mars 2013, près de 180 net-citoyens
demeurent détenus pour leurs activités d’information en ligne.

Pour cette édition 2013, Reporters sans frontières établit une liste de cinq Etats ennemis d’Internet, qui recense des Etats menant une politique de surveillance en ligne systématique avec de graves violations des droits de l’homme. La Syrie, la Chine, l’Iran, le Bahreïn et le Vietnam, sont considérés par l’organisation comme les pires États “espions” dont
les efforts de surveillance sont dirigés contre les voix dissidentes et
se sont renforcés ces derniers mois. Les cyberattaques et intrusions se
sont multipliées, notamment la transmission de logiciels malveillants
aux dissidents et à leurs réseaux. La Chine, dont la Grande Muraille
Electronique est probablement le système le plus sophistiqué au monde, a
intensifié sa guerre contre les outils d’anonymisation et enrôlé les
entreprises privées du Web dans la surveillance des internautes. Le
régime iranien a franchi un pas de plus dans le contrôle du réseau en
développant son propre réseau internet, l’”Internet ‘halal’”. Concernant
la Syrie, Reporters sans frontières s’est procuré un document inédit,
un appel d’offre lancé en 1999 par la Société syrienne de
Télécommunications (STE). Ce document montre que le réseau Internet
syrien a été conçu pour intégrer des fonctionnalités étendues de
filtrage et de surveillance.

Sans technologies avancées, les États autoritaires ne pourraient pas
espionner leurs citoyens. L’organisation publie pour la première fois
une liste de cinq Entreprises ennemies d’Internet, “mercenaires de l’ère digitale” : Gamma, Trovicor, Hacking Team, Amesys et Blue Coat. Leurs
produits - outils d’ “optimisation de réseau ou de lutte contre la
criminalité” - ont été ou sont utilisés par les autorités de pays
répressifs pour commettre des violations des droits de l’homme et de la
liberté de l’information. Les produits de surveillance et d’interception
de l’entreprise Trovicor ont permis à la famille royale du Bahreïn
d’espionner et d’arrêter des acteurs de l’information. En Syrie, les
produits DPI (Deep Packet Inspection) développés par Blue Coat ont
offert au régime la possibilité d’espionner les dissidents et
net-citoyens de tout le pays, de procéder à des arrestations et des
actes de torture. Les produits Eagle fournis par la société Amesys ont
également été découverts dans les locaux de la police secrete de
Mouammar Kadhafi. Les logiciels malveillants conçus par HackingTeam ou
Gamma ont permis la récupération par les autorités de mots de passe de
journalistes et net-citoyens.

“La surveillance en ligne représente un danger grandissant pour les
journalistes, citoyens journalistes, blogueurs et défenseurs des droits
de l’homme. Les régimes qui cherchent à contrôler l’information
préfèrent de plus en plus agir dans la discrétion, avec des censures
subtiles et une surveillance des protagonistes parfois à leur insu,
plutôt que de procéder à un blocage de l’information facilement
contournable et générateur de mauvaise publicité”, déplore Christophe Deloire, Secrétaire général de Reporters sans frontières.

“Comme de graves violations des droits de l’homme sont rendues possibles par
l’utilisation de matériels ou de technologies de surveillance fournies
par des entreprises basées dans des pays démocratiques, il est temps que
les dirigeants de ces pays, qui condamnent officiellement les atteintes
à la liberté d’expression en ligne, prennent des mesures fortes,
notamment mettent en place un contrôle strict de l’exportation des armes digitales vers des pays qui bafouent les droits fondamentaux”, préconise-t-il.

Des négociations entre gouvernements ont déjà eu lieu, avec l’arrangement de Wassenaar conclu en juillet 1996, qui vise à promouvoir « la transparence et une plus grande responsabilité dans les transferts d’armes et de biens à double usage afin de prévenir les accumulations déstabilisantes ». Il regroupe aujourd’hui 40 pays dont dont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni et les États-Unis.

Les printemps arabes, qui ont consacré le rôle d’information du Web, ont renforcé la conviction des Etats répressifs de l’utilité d’un contrôle des données
et des communications digitales. Les démocraties semblent aussi céder progressivement aux sirènes de la surveillance nécessaire et de la cybersécurité à tout prix. En témoigne la multiplication de législations et propositions de lois
potentiellement liberticides : FISAA et CISPA aux Etats-Unis, Communications Data Bill au Royaume-Uni, Wetgeving bestrijding cybercrime aux Pays-Bas.

Afin d’aider les acteurs de l’information à se soustraire à cette
surveillance de plus en plus active et intrusive, Reporters sans
frontières met à leur disposition un “kit de survie numérique” sur le site WeFightCensorship.org.

Note : Le rapport 2013 sur les “Ennemis d’Internet” se distingue des précédents éditions : il ne prétend pas couvrir de manière exhaustive toutes les formes de cybercensure dans l'ensemble des pays du monde, mais se concentre sur la thématique de la surveillance en ligne. Le rapport 2013 analyse de manière approfondie les activités des cinq Etats et cinq entreprises "leaders" dans ce domaine, mais cette liste est loin d’être exclusive. Un Etat qui apparaissait dans la liste des "Ennemis d'Internet" en 2012 n'y apparaît donc plus forcément en 2013, sans que cela ne signifie une amélioration quelconque de l'état de la liberté de l'information.

Retrouver les autres développements marquants intervenus depuis un an dans le domaine de la cybercensure ici.