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4 février 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Quatre journalistes risquent jusqu’à quatorze ans de prison pour “révélation de secrets d’Etat”


Quatre journalistes de l"hebdomadaire Unity et son PDG sont détenus par la police depuis le 1er février suite à la publication d’un article sur l’existence secrète d’une usine d’armes chimiques. Ils risquent de lourdes peines de prison. “Reporters sans frontières condamne avec fermeté l’arrestation et la détention de ces journalistes, et appelle les autorités à les remettre en liberté dans les plus brefs délais. Cette nouvelle violation de la liberté de l’information témoigne des lacunes juridiques dont souffre toujours le pays, qui peine à mettre en place une loi sur les médias. Le public a le droit d’être informé sur ce sujet d’intérêt général. Les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions doivent être protégés, et si des poursuites doivent être engagées par les autorités, elles doivent l’être à l’encontre du journal. En aucun cas un journaliste ne doit connaître la prison pour le contenu de ses articles” déclare Lucie Morillon, directrice de la recherche de Reporters sans frontières. Le 31 janvier 2014, la police de Pauk (Nord Ouest) a procédé à l’arrestation du journaliste du Unity Lu Maw Naing, en raison de la parution le 25 janvier 2014 d’un article intitulé “A secret chemical weapon factory of the former generals, Chinese technicians and the commander-in-chief at Pauk Township”. L’article incriminé rapportait que l’usine, construite en 2009 sur une surface de plus de 3 000 hectares confisqués à des agriculteurs, avait été visitée la même année par l'ancien commandant en chef de l'armée, Than Shwe, et par les vice-présidents respectifs en 2011 et 2013. Le journaliste est poursuivi en vertu de la loi sur les secrets d’Etat, et encourt une peine maximum de quatorze ans de prison. Les autorités ont informé les proches du journaliste que ce chef d’accusation ne permettait pas de remise en liberté sous caution, et que l’accusé serait transféré au sein d’une Unité spécial de la police, près de Pakokku. Le 1er février, les autorités ont également procédé à l’interpellation du PDG de l’hebdomadaire, Tint San, ainsi qu’à celle de trois autres journalistes: Yarzar Oo, Paing Thet Kyaw (Aung Thura), et Sithu Soe. Peu de temps avant son arrestation, Tint San aurait déclaré au média The Irrawaddy que le journal disposait de preuves quant à l’existence de cette usine, et qu’il était prêt à faire face aux accusations. Parallèlement à ces arrestations, les autorités ont saisi de nombreuses copies du journal à travers le pays. Le 27 janvier, la Cour d’appel de Loikaw a rejeté l’appel de la journaliste du Weekly Eleven Ma Khine, condamnée le 17 décembre dernier à 3 mois de prison pour “violation de propriété privée”, “diffamation” et “usage de language grossier”. Les faits allégués remontent au 27 octobre 2013, alors qu’elle effectuait un reportage. Le groupe Eleven Media a déclaré qu’il ne ferait pas appel, étant donné que la journaliste serait libérée avant que le recours puisse être examiné. La Birmanie, qui a gagné 18 places au classement mondial de la liberté de la presse en 2013, se positionne aujourd’hui au 151ème rang sur 179. Credit photo: DVB