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6 janvier 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Procès OdaTV : la justice s’enfonce dans l’absurde


« Cette semaine d’audiences a largement confirmé ce que l’on savait déjà : l’acte d’accusation contre Ahmet Sik, Nedim Sener et les journalistes d’OdaTV est vide. En poursuivant sa fuite en avant et en s’acharnant à maintenir les accusés en détention provisoire, la justice ne fait que se déshonorer », a déclaré Reporters sans frontières.

Dans la soirée du 5 décembre 2012, après deux heures de délibérations, la 16e chambre de la cour d’Assises d’Istanbul a unanimement refusé de libérer les dix journalistes incarcérés dans le cadre de l’enquête « Ergenekon ». Ahmet Sik, Nedim Sener, Soner Yalçin, Dogan Yurdakul, Baris Pehlivan, Baris Terkoglu, Muhammet Sait Cakir, Coskun Musluk, Yalçin Küçük et Müyesser Ugur resteront donc en prison jusqu’au 23 janvier 2012, date à laquelle le procès a été reporté. Certains collaborateurs d’OdaTV auront donc passé près d’un an à la prison de haute sécurité de Silivri. Ahmet Sik et Nedim Sener, près de onze mois.

Plus de 300 personnes, dont le représentant du Syndicat des journalistes (TGS), Alper Turgut, et le correspondant de Reporters sans frontières, Erol Önderoglu, ont attendu le verdict et manifesté devant le palais de justice de Caglayan d’Istanbul (rive européenne).

« Il faut absolument réformer en profondeur la loi antiterroriste (TMK) et le code des procédures pénales (CMK) pour mettre fin aux détentions arbitraires, a déclaré Erol Önderoglu devant les manifestants. Mais au-delà des textes, la pratique et la culture judiciaires répressives qu’on a vu à l’œuvre aujourd’hui représentent un défi majeur en Turquie. »

La cour a également réaffirmé qu’elle ne se dessaisirait pas de l’affaire, contrairement à la requête de Soner Yalcin. Elle a refusé de prendre en compte directement les rapports d’expertise indépendante de trois universités d’Istanbul et Ankara, qui concluaient que les fichiers électroniques retrouvés au siège d’OdaTV et sur lesquels se fonde l’accusation, provenaient d’un virus reçu de l’extérieur. Le jury a cependant accepté de faire analyser les ordinateurs et disques durs incriminés par l’institut officiel TÜBITAK (Conseil de recherche scientifique et technologique). Enfin, le jury a demandé à la médecine légale un rapport sur l’état de santé du journaliste Dogan Yurdakul, incarcéré malgré ses graves problèmes de santé.

« Le fait que l’incarcération, censée être exceptionnelle, soit perçue comme une mesure normale, porte un préjudice majeur à nos confrères », a déclaré le porte-parole de la plateforme « Liberté aux journalistes » (GÖP), Orhan Erinç.

Lors de cette 8e audience, Ahmet Sik, Nedim Sener et le policier Hanefi Avci ont été entendus. Les deux journalistes ont souligné qu’ils étaient idéologiquement aux antipodes de l’organisation ultra-kémaliste Ergenekon et que ce procès s’apparentait à un acte de revanche de la part de la justice et des forces de l’ordre, qu’ils ont toujours critiquées.

« Pour comprendre que je ne peux pas soutenir Ergenekon, il suffit de lire ce que j’ai pu écrire au cours de mes vingt ans de carrière. Je suis socialiste (…) Les opinions reflétées dans mon projet de livre ‘L’Armée de l’Imam’ sont claires (…) C’est bien pour cela que je me trouve sur le banc des accusés », a déclaré Ahmet Sik. « Je suis pris pour cible parce que je m’en suis pris aux responsables de l'assassinat de Hrant Dink », a estimé Nedim Sener.

Les jours précédents, les journalistes Soner Yalçin, Baris Pehlivan et Baris Terkoglu avaient dénoncé la partialité de la justice, le traitement discriminatoire qui leur était réservé et la sélectivité du parquet, qui a isolé artificiellement certaines de leurs sources d’information. « Pourquoi, dans les 22 000 conversations interceptées, n’a t-on pas aussi pris en compte celles que j’ai eues avec des journalistes et officiels proches du gouvernement? », a demandé Soner Yalçin. Baris Terkoglu s’est interrogé sur le fait que certains articles et commentaires d’OdaTV inclus dans l’acte d’accusation, avaient été publiés auparavant dans d’autres médias turcs, laïcs comme conservateurs.

Reporters sans frontières exige à nouveau la remise en liberté immédiate et inconditionnelle des journalistes incarcérés.

(Photo: Dogan Yurdakul, Ahmet Sik et Nedim Sener dans leur cellule)

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27.12.2011 - Deuxième audience du procès des dix journalistes dans l’affaire Ergenekon

Le procès des dix journalistes, reporté au 26 décembre par décision de la 16e chambre de la cour d’Assises d’Istanbul le 22 novembre 2011, continue de se dérouler aujourd’hui avec la lenteur redoutée.

La deuxième audience s’est ouverte hier à 11h (heure turque) et s’est achevée par la lecture, effectuée par deux présentateurs de la chaîne officielle TRT, de 58 des 134 pages d’actes d’accusations. La volonté de décourager journalistes, observateurs, et défenseurs des droits humains d’assister à l’audience est toujours manifeste: “il n’y a que 80 places à l’intérieur, on ne peut pas autoriser tout le monde”, se sont-ils vu rétorquer.

Le juge Resul Cakir, dont la plupart des journalistes d'odatv.com avaient demandé en vain la révocation - à cause d’une précédente affaire où, constitué plaignant, il s’était opposé aux journalistes - a été nommé auprès de la Cour de cassation et remplacé par le juge Mehmet Ekinci.

Reporters sans frontières demande la remise en liberté immédiate des journalistes incarcérés.