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5 mars 2021

Procès Khashoggi : la justice turque refuse de prendre en compte le rapport des services de renseignement américain démontrant la responsabilité de MBS

Alors que le procès pour l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi se poursuit à Istanbul, le tribunal a refusé la demande de versement au dossier du rapport déclassifié du service de renseignement américain. Ce document accuse le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) d’avoir donné son approbation au meurtre.

La troisième séance du procès de l’assassinat de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, qui s’est ouvert le 3 juillet 2020, a eu lieu ce jeudi 4 mars avec la poursuite de l’audition des témoins. Dans le box des accusés, 26 individus, tous saoudiens, représentés par des avocats nommés par l’Association du barreau d’Istanbul. Lors de cette audience, la cour a entendu deux employés du consulat d’Arabie saoudite où Jamal Khashoggi a été tué, le 2 octobre 2018.


Le tribunal a rejeté la demande de la fiancée du journaliste, Hatice Cengiz, de verser au dossier, en tant que preuves, le rapport récemment déclassifié du service de renseignement américain, dans lequel le prince héritier Mohammed ben Salmane est désigné comme lle responsable ayant approuvé le meurtre de Jamal Khashoggi. Le juge a déclaré que le rapport « n’apporterait rien au procès » et a indiqué à Hatice Cengiz qu’elle devait porter sa demande directement auprès du procureur général d’Istanbul.


« Si RSF estime que les procédures actuelles menées par la justice turque sont un pas dans la bonne direction, cette situation inhabituelle amenuise l’espoir de voir la justice être rapidement rendue en Turquie. Et cet espoir était d’autant plus grand que la situation en Arabie saoudite, où le procès qui se tient est une véritable parodie de justice, est abyssale», déclare le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoglu, qui a assisté aux trois audiences. 


« RSF craignait que le juge puisse rejeter la demande de versement aux preuves du rapport déclassifié du service de renseignement américain, a-t-il ajouté. Toutefois, nous espérons que ces audiences qui se déroulent en Turquie permettront de mettre au jour d’autres preuves qui contribueront à révéler la vérité sur ce crime atroce, mais aussi de désigner ses responsables. »


Deux jours plus tôt, RSF a annoncé avoir déposé une plainte pénale en Allemagne contre le prince héritier saoudien et quatre autres hauts fonctionnaires du royaume pour crimes contre l’humanité, commis dans le cadre de leur persécution généralisée et systématique de journalistes – dont Jamal Khashoggi et 34 autres, actuellement détenus arbitrairement en Arabie saoudite.


La date de la prochaine audience a été fixée au 8 juillet. RSF, qui est la seule ONG à avoir assisté à toutes les audiences de ce procès, continuera d’y assister. 


L’Arabie saoudite et la Turquie occupent respectivement la 170e et la 154e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.