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10 janvier 2017

Procès du représentant de RSF en Turquie : l’ONG se rend à Istanbul pour soutenir les journalistes arbitrairement détenus

Une délégation de Reporters sans frontières (RSF) se rend à Istanbul les 10 et 11 janvier 2017 afin d’assister au procès du représentant de l'organisation en Turquie, Erol Önderoğlu, et plus largement pour afficher sa solidarité avec les journalistes turcs, frappés par une répression sans précédent.

Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, fait le déplacement en compagnie du président de l’organisation, Eric Chol, de quatre membres du conseil d'administration (Jean-Michel Boissier, Jean-Pierre Getti, Paul-Stéphane Manier, Alain Mingam), de la présidente de sa section autrichienne Rubina Möhring, du responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale Johann Bihr, et d'un représentant de la section allemande, Jens Uwe-Thomas.


Les délégués assisteront au procès du représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu, et de ses collègues Şebnem Korur Fincancı et Ahmet Nesin, qui reprend le 11 janvier à Istanbul. Le représentant de RSF en Turquie et ses deux collègues risquent la prison pour avoir pris part à une campagne de solidarité avec le quotidien kurde Özgür Gündem. Emprisonné depuis le 16 août, le rédacteur en chef du journal, İnan Kızılkaya, est jugé à leurs côtés.


Cette délégation internationale observera aussi le procès de Can Dündar et Erdem Gül, qui reprend le même jour. L'ancien rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet et son représentant à Ankara sont accusés d’“assistance à une organisation terroriste” pour leurs révélations sur des livraisons d'armes turques à des groupes islamistes syriens. Les représentants de RSF rendront également visite à la rédaction de Cumhuriyet, dont onze collaborateurs ont été jetés en prison depuis début novembre. Ils s’entretiendront avec des proches de journalistes incarcérés.


“Nous réclamons à nouveau la levée des accusations absurdes pesant contre ces journalistes, dont les seuls crimes sont d’avoir défendu le pluralisme et rempli leur mission d’information, déclare Christophe Deloire. La liberté de la presse est en danger de mort en Turquie, le monde ne peut rester silencieux ! Nous exigeons la restauration du pluralisme et la libération de tous les journalistes emprisonnés du fait de leurs activités professionnelles.”


Erol Önderoğlu, Şebnem Korur Fincancı, présidente de la Fondation pour les droits humains (TIHV) et l’écrivain Ahmet Nesin sont accusés de “propagande terroriste” pour avoir pris part à une campagne de solidarité avec le quotidien kurde Özgür Gündem : des dizaines de personnalités s’étaient relayées, entre mai et août 2016, pour prendre symboliquement la direction de ce journal persécuté par la justice. Jetés en prison le 20 juin, Erol Önderoğlu, Şebnem Korur Fincancı et Ahmet Nesin ont été remis en liberté conditionnelle dix jours plus tard au terme d’une vaste mobilisation internationale. Leur procès s’est ouvert le 8 novembre.


La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le Classement 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet. Les locaux d’Özgür Gündem ont été placés sous scellés en août et le journal a finalement été liquidé par décret, le 29 octobre. Cent soixante-seize autres titres ont été interdits de la même façon et plus d’une centaine de journalistes sont actuellement en prison.