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21 mai 2007 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Procès de deux Britanniques responsables de la fuite d'un mémo Blair-Bush : Reporters sans frontières dénonce l'interdiction de publier


Le 9 mai 2007, David Keogh, fonctionnaire chargé de la communication auprès des services du Premier ministre et Leo O'Connor, assistant parlementaire, ont été respectivement condamnés par la cour d'assises de Londres à six et trois mois de prison. Ils ont été reconnus coupables d'avoir rendu public le mémo d'une réunion entre Tony Blair et George W. Bush en 2004, au cours de laquelle un éventuel bombardement de la chaîne arabe de télévision Al-Jazira avait été évoqué. Le juge Aikens a également interdit la publication d'articles dans la presse mentionnant le document. «Reporters sans frontières dénonce une intervention inappropriée de la justice dans les médias et souligne que cette affaire repose la question de la compatibilité de l'exercice d'une presse libre avec l'”Official Secrets Act”», a déclaré l'organisation. L'Official Secrets Act est une loi qui protège le secret d'Etat et la sécurité nationale. Amendé plusieurs fois depuis son entrée en vigueur, et pour la dernière fois en 1989, des travaux sont en cours pour le modifier. Les défenseurs de la liberté de la presse au Royaume-Uni affirment que le gouvernment a l'intention de modifier ce document afin d'empêcher les “donneurs d'alerte” de se défendre en invoquant la “contrainte des circonstances”, c'est à dire l'argument justifiant la fuite par l'importance de l'information. En 2004, cet argument avait été utilisé avec succès par une ancienne fonctionnaire, Katherine Gunn, qui avait révélé que les Etats-Unis avaient demandé l'aide du Royaume-Uni pour espionner les communications des Nations unies dans le cadre des négociations précédant la guerre en Irak en 2003. Plusieurs médias britanniques, notamment The Guardian, la BBC, et le Times envisagent de former un recours contre une “grave ingérence” de la justice dans le droit fondamental qu'est la liberté d'expression, d'après la qualification donnée par Anthony Hudson, conseiller auprès des trois sociétés. Les faits remontent à avril 2004. David Keogh aurait photocopié et donné à Leo O'Connor le compte rendu d'une réunion, portant l'en-tête de Downing Street ainsi que la mention "secret-personnel". Leo O'Connor l'aurait ensuite placé dans les papiers de son député, le travailliste Anthony Clarke, qui aurait alors informé Downing Street de la fuite. Le document s'est retrouvé le 22 novembre 2005 dans les colonnes du Daily Mirror. Le mémo retrace une discussion entre Tony Blair et George W. Bush, le 16 avril 2004 à Washington, au cours de laquelle le président américain aurait soulevé l'hypothèse de bombarder la chaîne arabe d'informations en continu Al-Jazira. Le Premier ministre britannique l'en aurait dissuadé. La Maison Blanche a qualifié cette version de "farfelue" et d'"inconcevable". Et selon un porte-parole de Tony Blair, le mémo ne faisait "pas référence au bombardement de la station télévisée d'Al-Jazira au Qatar".