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20 octobre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Privé de protection policière, un journaliste est tué au cours d’une embuscade


Le journaliste Pablo Medina a été abattu le 16 octobre 2014 au cours d’une embuscade dans le département de Canindeyú, au nord-est du pays, une région réputée pour le trafic de marijuana et de bois. Le journaliste Pablo Medina, âgé de 53 ans, correspondant du quotidien ABC Color, a été intercepté par deux individus, le 16 octobre dernier, vers 14 heures, alors qu’il rentrait d’un reportage dans la communauté indigène de Ko’ê Porã à Villa Ygatimí, à cinquante kilomètres de Curuguaty. Les deux hommes lui ont demandé de s’identifier avant de lui tirer à plusieurs reprises dans la tête et la poitrine. Pablo Medina était accompagné de son assistante, également touchée, qui a succombé à ses blessures avant d’arriver à l’hôpital. Le journaliste était le correspondant local du quotidien ABC Color, l’un des principaux journaux du pays. Le président de la République, Horacio Cartes, a affirmé dans un communiqué de presse que le gouvernement s’engageait à “mener toutes les enquêtes pertinentes afin de résoudre cette affaire tragique le plus rapidement possible”. Pablo Medina avait fait l’objet de menaces à de nombreuses reprises en raison de ses reportages sur le trafic de drogue. Le journaliste avait bénéficié d’escortes policières dans le passé, mais ces mesures de protection avaient pris fin en septembre 2013. D’après les autorités, la responsabilité de l’assassinat reposerait sur les trafiquants de la région. Quatre suspects ont été arrêtés par la police dans la nuit suivant le crime. « Reporters sans frontières exprime ses plus sincères condoléances à la famille de Pablo Medina et à celle de son assistante Antonia Almada, déclare Lucie Morillon, directrice des programmes de Reporters sans frontières. Nous exhortons les autorités à conduire une enquête indépendante afin d’identifier les commanditaires et les exécutants de cet assassinat. Il est également essentiel que les autorités éclaircissent les raisons pour lesquelles Pablo Medina n’était plus sous protection policière, sachant qu’il était la cible de menaces constantes. Les journalistes aujourd’hui menacés doivent pouvoir bénéficier de mesures de protection. Il est de la responsabilité de l’Etat d’assurer la protection des journalistes qui exercent sur son sol et de lutter contre l’impunité des crimes à leur encontre ». Le frère du journaliste, Salvador Medina, a lui aussi été assassiné dans la même région, le 5 janvier 2001, suite à sa couverture critique des activités des trafiquants dans son émission sur la radio communautaire Ñemity FM. Le responsable du crime a été condamné à 25 ans de prison, mais l’enquête n’a pas su établir l’identité des commanditaires. Pablo Medina est le troisième journaliste tué dans le pays depuis le début de l’année. Edgar Pantaleón Fernández Fleitas et Fausto Gabriel Alcaraz ont été assassinés, respectivement en juin et mai, près de la frontière avec le Brésil, suite à des reportages sur des thèmes liés à la corruption et au crime organisé. Le Paraguay est 105e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2014.