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20 août 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Presse en Bolivie : vous voulez l’argent de la publicité, ne parlez pas de politique !


Le gouvernement bolivien a annoncé le lundi 10 août que les médias réalisant un travail « politique » (sic) se verraient privés des ressources financières liées à la publicité gouvernementale. Le 10 août dernier, par la voix du vice-président de Bolivie Álvaro García Linera, le gouvernement a annoncé la décision de refuser toute aide financière aux médias “qui mentent “et “font de la politique partisane”. Le gouvernement utilisera le “décret suprême 181”, en vigueur depuis 2009, qui permet aux autorités de distribuer la publicité officielle à la presse. Comme aucun critère objectif d’attribution de ces ressources financières n’a été défini, le gouvernement agira à sa guise, de manière discrétionnaire. La définition des “médias politiques” demeure floue. Selon le vice-président, il s’agirait de “ceux qui nous traitent de tous les noms, ceux qui nous offensent et ceux qui mentent”... Ceux qui déplaisent au pouvoir, surtout, non ? « L’annonce officielle de priver les « médias politiques » de revenus publicitaires est un pas de plus pour réduire au silence la presse indépendante et d’opposition en Bolivie, déclare Emmanuel Colombié responsable du bureau Amérique latine de RSF. RSF soutient les journalistes boliviens qui luttent contre les pressions politiques et demande au gouvernement de ne pas asphyxier les médias de son pays en renforçant un système de publicité gouvernementale pervers, parce que soumis à des décisions arbitraires. » Avant même la déclaration, une série de démissions de journalistes avait alerté l’opinion publique sur la probabilité de pressions en coulisses. Le 31 juillet, la chaîne Cadena A mettait fin au contrat de John Arandia, présentateur du programme « A todo pulmon », niant l’existence de pressions gouvernementales. Le journaliste avait pourtant eu des positions très critiques contre le gouvernement lors du conflit social dans la région de Potosi (sud). Le même jour, la journaliste Amalia Pando annonçait sa démission volontaire de Radio Erbol, pour laquelle elle animait le programme matinal très populaire « En Directo » depuis dix ans. Selon la journaliste, cette démission était nécessaire pour sauver la radio de l’étranglement financier imposé par le gouvernement. Dans une interview au journal Eldeber, Amalia Pando confiait : « le gouvernement a demandé ma tête, donc je la lui donne ». Le 22 mai, le journaliste Enrique Salazar apprenait l’annulation de son programme quotidien sur la chaîne Red Uno, qu’il animait depuis 12 ans, deux jours seulement après une interview musclée avec la ministre de la communication Marianela Paco. Selon le journaliste, cette décision proviendrait directement de la direction de la chaîne, et non du gouvernement... Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’outre les problèmes liés au décret 181, les arrestations abusives (voir le cas récent de Juan Carlos Paco) et l’impunité des violences contre les journalistes constituent des menaces évidentes contre la profession. La lenteur des procédures judiciaires autour de la disparition de Cristian Osvaldo Mariscal Calvimontes de Canal Plus TV à Tarija (sud) en est un triste exemple. La Bolivie se situe à la 94ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en février 2015.