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3 mai 2017

Présidentielle en Iran : 55 millions électeurs privés d’information libre et indépendante

Reporters sans frontières (RSF) dénonce une nouvelle fois l’absence d’information indépendante dans le paysage médiatique iranien, alors que la campagne officielle pour la présidentielle a commencée depuis le 28 avril 2017.

Le 28 avril 2017, la possibilité de diffuser en direct des informations depuis l’application Instagram a été rendue inaccessible sur ordre de la justice iranienne, selon certaines sources. Depuis des semaines, les internautes réformateurs utilisaient cette application très populaire en Iran pour diffuser des information en temps réel sur les candidats et leur campagne. Jusqu’à présent, Instagram était bien contrôlé mais pas filtré dans le pays.


Le 23 avril 2017, le procureur général du pays, Mohammad Jafar Montazeri a clairement défendu l'interdiction d’appeler (nouvelle option) depuis la messagerie Telegram en Iran invoquant le fait que « les services des renseignements ne pouvaient pas la contrôler”. Cette messagerie très populaire dans le pays a plus de 15 millions d’utilisateurs, selon les chiffres officiels. Malgré leur interdiction, les réseaux et applications tels que Facebook ou Twitter jouent actuellement un rôle important dans la diffusion d'informations dans le pays. Les plupart des candidats ont d’ailleurs des comptes sur ces réseaux.


Depuis le 16 mars 2016, une dizaine de responsables des pages d'informations réformateurs sur la messagerie Telegram ont été arrêtés par les gardiens de la révolution, parmi lesquels Ali Ahmadinia, administrateur du canal Eslahat News( réforme news). Ces arrestations ont créé une vive polémique entre le gouvernement de Hassan Rohani et la justice conservatrice. Le 5 avril, Mahmud Alavi, ministre des Renseignements, a lui-même critiqué ces arrestations. “Ces responsables de pages n'ont commis aucun crime”, a-t-il déclaré. Une semaine plus tard, le porte-parole de la Justice, Golamhossien Mohsseni Ejehi annonçait de son côté aux médias que « certains d’entre eux avaient commis des actions contre la sécurité nationale et d'autres ont été accusés de publier des articles et des images immoraux». Et d’ajouter « le ministres des Renseignements lui-même est accusé dans ce dossier et ne peut donc pas enquêter ou donner son avis sur ce sujet.»


Dans ce contexte électoral, cette guerre acharnée que se livrent les factions rivales au sommet du pouvoir en Iran est un manque total de considération pour la liberté de l'information et le droit d’être informés des citoyens. RSF déplore la censure imposée à l’ensemble des médias qui se retrouvent dans l’incapacité de jouer leur rôle d’informer librement sur le scrutin et la répression à l’encontre des journalistes. Avec 28 journalistes et citoyen-journalistes emprisonnés, l’Iran est aujourd’hui l'une des cinq plus grandes prisons du monde pour les professionnels de l’information.


Le droit de vote implique au préalable que les électeurs disposent du droit d’être informés librement, ce qui n’a pas cours en Iran, alerte Reza Moini, responsable du bureau Iran/Afghanistan de RSF. Avec l’emprisonnement des journalistes, la censure des journaux, le filtrage des sites d’information et des réseaux sociaux ainsi que la répression des opinions critiques, il est impossible de parler d’un processus démocratique du scrutin. La République islamique doit mettre un terme à cette situation inacceptable et avant tout libérer tous les professionnels des médias.”


L’une des plus grandes prisons pour les femmes journalistes

Depuis le 27 décembre 2016, plusieurs journalistes ont été arrêtés notamment Tahereh Riahi, responsable des pages sociales à Borna News Agency, Zeniab Karimian, la journaliste d'une émission diffusée sur la 3e chaîne de télé iranienne, Saleh Deldam, un jeune réalisateur, Henghameh Shahidi, journaliste renommée, Morad Saghafi, directeur de la revue Goft o gu (“ Dialogue” en persan) et son collègue journaliste et traducteur Ramin Karimian, arrêté le 14 mars 2017.


Le ministre des Renseignements qui dénonce justement les arrestations arbitraires et illégales des professionnels de l’information proches du gouvernement par les gardiens de la révolution garde malheureusement le silence sur les journalistes arrêtés par ses agents, notamment trois femmes interpellées récemment Tahereh Riahi, Zeniab Karimian et Henghameh Shahidi. Auxquelles il faut ajouter Roya Saberi Negad Nobakht, net-citoyenne emprisonnée depuis 2013 ou encore Narges Mohammadi qui doit désormais subir une 2e peine de prison ferme, cette fois-ci de 10 ans après avoir fini sa première peine de six ans. Ces détenues font de l'Iran l’une des plus grandes prisons au monde pour les femmes journalistes, toutes sont malades et privées des soins médicaux.

L’Iran est classé 165e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 de Reporters sans frontières.

Lisez : Guide pratique du jourاnaliste en période électorale destiné aux journalistes professionnels amenés à couvrir cette période sensible et majeure de la vie démocratique.Guide pratique du jourاnaliste en période électorale destiné aux journalistes professionnels amenés à couvrir cette période sensible et majeure de la vie démocratique.