Actualités

7 juillet 2020

Ouverture du procès Khashoggi à Istanbul : une nouvelle chance pour la justice

L’ouverture du procès pour l’assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul offre une nouvelle opportunité pour que ce crime survenu en octobre 2018 soit jugé et que justice soit rendue. Reporters sans frontières (RSF) a assisté à la première audience, au cours de laquelle huit personnes ont témoigné contre 20 citoyens saoudiens jugés pour leur lien avec l’assassinat du journaliste. La prochaine audience est prévue pour le 24 novembre.

La première audience du procès, qui a eu lieu le 3 juillet au Tribunal Çağlayan d’Istanbul et à laquelle a assisté le représentant de RSF en Turquie Erol Önderoğlu, aura duré 3 h 30. La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, s’est notamment adressée à la cour et huit témoins ont comparu. De nouveaux détails sur les circonstances de l’assassinat de Khashoggi, dont des témoignages d’employés du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul sur ce qui a pu arriver au corps du journaliste, ont également été communiqués.


« C’est une situation pour le moins inhabituelle : notre seul espoir de justice repose sur le tribunal turc alors même que le pays nécessite, et de façon urgente, de nombreuses réformes de la liberté de la presse. Nous continuerons à observer attentivement les procédures et à appeler à la transparence ainsi qu’au respect des normes de justice internationales », déclare Erol Önderoğlu.


Les 20 citoyens saoudiens accusés d’avoir encouragé ou exécuté l’assassinat de Jamal Khashoggi ont été jugés par contumace. Ils étaient représentés par des avocats nommés par l’association du barreau d’Istanbul. Le tribunal a décidé que les mandats d’arrêt émis contre les suspects resteraient valables jusqu’à la prochaine audience et qu’il renouvellerait sa correspondance avec Interpol à propos des notices rouges publiées par la Turquie. Le tribunal a également émis un avertissement aux témoins qui ne sont pas présentés ce 3 juillet, leur ordonnant d’être présents à la prochaine audience.


La Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires Agnès Callamard assistait à l’audience. A la suite de l’échec du procès saoudien en décembre 2019, elle avait demandé à ce que l’affaire soit jugée par d’autres juridictions – dont celle de la Turquie. Contrairement à la procédure saoudienne, qui s’était tenue à huis-clos, l’audience d’Istanbul s’est déroulée en présence d’une poignée de journalistes. Aucun observateur diplomatique n’était cependant présent, en dépit de la demande de groupes de société civile aux Etats d’envoyer des représentants.


Le secrétaire général de RSF Christophe Deloire a qualifié l’assassinat de Jamal Khashoggi de « l’un des plus horribles crimes contre un journaliste que nous ayons jamais vus ». RSF reste engagée pour la justice dans cette affaire et pour la libération de 32 journalistes injustement détenus dans les prisons turques.


La Turquie et l’Arabie saoudite occupent respectivement le 154e et le 170e rang sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2020 établi par RSF.