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21 juillet 2017

Ouverture du procès de Cumhuriyet en Turquie : “arrêtez de traiter les journalistes comme des terroristes !”

Credit : Yasin Akgül /AFP
Reporters sans frontières (RSF) assistera au procès du journal Cumhuriyet, qui s’ouvre le 24 juillet 2017 à Istanbul. Dix-sept journalistes et collaborateurs du quotidien comparaissent, parmi lesquels onze sont en détention. L’organisation lance une campagne et une pétition pour appeler la justice à abandonner les poursuites à leur encontre et remettre en liberté sans délai les journalistes emprisonnés.

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Tout un symbole : c’est le 24 juillet, journée nationale de la presse en Turquie, que s’ouvrira le procès de 17 collaborateurs du quotidien Cumhuriyet. Accusés de complicité de terrorisme pour leur ligne éditoriale critique du gouvernement, ils risquent jusqu’à 43 ans de prison. Onze sont en détention provisoire depuis de longs mois.


Une délégation internationale de RSF, parmi laquelle le représentant de l'organisation en Turquie, Erol Önderoğlu, assistera à la première audience. Ils participeront à un rassemblement devant le palais de justice de Çağlayan à 9 heures, avant le début du procès, en présence de nombreux autres observateurs.


RSF amplifiera sa mobilisation en publiant, tout au long de la semaine, des vidéos de personnalités du monde des médias en soutien à Cumhuriyet. Des parlementaires européens interviendront également, dans la droite ligne d’une campagne lancée au printemps. L’artiste C215, engagé avec RSF aux côtés des journalistes turcs emprisonnés, mènera une nouvelle action à Paris le 24 juillet.


“Le procès de Cumhuriyet est celui du journalisme en Turquie, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Encore une fois, des journalistes sont traités comme des terroristes pour n’avoir fait que leur travail. Nous en avons assez de ces procès de masse, de ces accusations extravagantes, de ces détentions arbitraires qui sont autant de tragédies humaines ! Nous en appelons à la mobilisation la plus large pour signifier aux autorités turques qu’elles ne peuvent écraser plus longtemps la liberté de la presse et l’Etat de droit.”


Le journalisme considéré comme un crime


La justice accuse Cumhuriyet d’avoir critiqué les autorités dans ses articles pour mieux “défendre” trois organisations considérées comme “terroristes” en Turquie : le mouvement Gülen, pointé du doigt comme le cerveau de la tentative de putsch de juillet 2016, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupuscule d’extrême-gauche DHKP/C. Des mouvances aux idéologies très différentes et que le quotidien a critiquées sans relâche. L’acte d’accusation se fonde essentiellement sur des articles de presse, des tweets et des déclarations des journalistes et collaborateurs incriminés.


Cumhuriyet est lauréat 2015 du Prix RSF pour la liberté de la presse. C’est l’un des plus anciens journaux turcs, c’est aussi l’un des derniers titres indépendants au milieu d’un paysage médiatique dévasté par la répression. Critique de la dérive liberticide du président Erdogan, le quotidien multiplie les enquêtes embarrassantes pour le pouvoir. Ses révélations sur des livraisons d’armes turques à des groupes djihadistes en Syrie ont valu la prison à son ancien rédacteur en chef, Can Dündar, et son représentant à Ankara, Erdem Gül, en 2015.


Onze journalistes emprisonnés arbitrairement


Dix collaborateurs du journal, dont le rédacteur en chef Murat Sabuncu, le chroniqueur Kadri Gürsel, le caricaturiste Musa Kart et l’administrateur Bülent Utku, ont été arrêtés le 31 octobre 2016. Le journaliste d’investigation Ahmet Şık les a rejoint en prison fin décembre. La détention des dix premiers est jugée “arbitraire” par les Nations unies, qui ont appelé à leur libération immédiate le 30 juin.


Jusqu’à présent, les demandes de remise en liberté de ces journalistes ont pourtant été rejetées systématiquement. Sans réponse de la Cour constitutionnelle turque, leurs avocats se sont tournés vers la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le 29 mai, RSF a organisé un rassemblement devant la Cour, à Strasbourg, pour l’appeler à trancher au plus vite sur ces dossiers et ceux des autres journalistes turcs emprisonnés.


Les six prévenus en liberté comprennent le chroniqueur Aydın Engin, la fiscaliste du journal Günseli Özaltay ou encore Can Dündar, aujourd’hui exilé en Allemagne.


La Turquie est classée 155e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet 2016 : près de 150 médias ont été fermés, les procès de masse se succèdent et plus de 100 journalistes sont emprisonnés, un triste record mondial.


Retrouvez le bilan de RSF un an après la tentative de putsch (13 juillet 2017).