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16 juin 2017 - Mis à jour le 23 juin 2017

Ouverture du procès de 17 journalistes turcs pour “complicité de putsch” à Istanbul

Crédit: C215

Mise à jour: Au terme du dernier jour de l'audience, le 23 juin 2017, le tribunal a ordonné le maintien en détention de tous les journalistes y compris Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazlı Ilıcak. Les représentants d'ONG de défense des droits de l'homme et des journalistes dont Reporters sans frontières (RSF) venus assister au procès ont été contraints de rester devant la salle d'audience trop petite pour les accueillir. Le procès reprendra le 19 septembre 2017.




Le procès de 17 journalistes turcs, dont six sont en détention conditionnelle parmi lesquels Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazlı Ilıcak, s’ouvre lundi 19 juin devant la 26ème chambre de la cour d’assises d’Istanbul. Tous sont accusés de complicité dans la tentative de coup d’Etat survenue le 15 juillet 2016. Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate de ces journalistes et éditorialistes emprisonnés en raison de leurs critiques contre le gouvernement.


Selon l’acte d’accusation de 247 pages, ces 17 journalistes risquent trois fois la prison à vie et 15 ans de prison pour ‘tentative d’éliminer le gouvernement en place’, ‘tentative de détruire l’ordre constitutionnel’ et ‘tentative d’éliminer le Parlement’. Ils sont également poursuivis pour ‘appartenance à l’organisation de FETÖ’, acronyme faisant référence à la confrérie Gülen désignée par les autorités turques comme responsable du coup d’Etat avorté du 15 juillet dernier. Le parquet d’Istanbul les accuse d’avoir eu connaissance par avance du coup d’Etat avorté et de l’avoir soutenu via des “messages subliminaux” lors de l’émission ‘Libre Pensée’ (Özgür Düsünce) diffusées par la chaîne locale Can Erzincan.


Avec l’ouverture de ce procès, c’est une nouvelle étape dans l’absurdité croissante des accusations formulées contre les journalistes qui est franchie, déclare RSF. Nous demandons l’acquittement et la libération immédiate des 17 journalistes dont la place n’est pas derrière les barreaux. Il est temps pour les autorités turques de mettre un terme à la criminalisation systématique des voix critiques.


Parmis les journalistes jugés ce 19 juin figurent des grands noms de la vie médiatique turque dont Nazlı Ilıcak et Ahmet Altan, poursuivi aux côtés de son frère Mehmet Altan. On reproche notamment à l’ancien rédacteur en chef du journal Taraf, Ahmet Altan, d’avoir tenté ‘de préparer le terrain pour le putsch’ après la publication de deux éditoriaux, intitulés ‘La peur absolue’ (Mutlak korku) et ‘Écraser tout à son passage’ (Ezip geçmek), et publiés respectivement les 12 mai et 27 juin 2016.


En soutien aux journalistes turcs emprisonnés, RSF avait lancé en mai dernier une opération avec l’article C215. Des portraits en pochoirs de dix d’entre eux avaient été peints sur du mobilier urbain dans plusieurs arrondissements de Paris ainsi que devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). C’est cette même Cour que Nazlı Ilıcak, Ahmet Altan et Mehmet Altan ont saisi avec une vingtaine d’autres professionnels des médias pour mettre fin à leur détention préventive qui dure depuis près de 10 mois. Une première étape de l’examen de leurs requêtes a été franchie le 13 juin 2017. A la suite d’un examen préliminaire de recevabilité, la CEDH a invité la Turquie à présenter ses observations sur ces dossiers avant le 4 octobre prochain.


Cent cinquante-cinquième place sur 180 pays au Classement 2017 de la liberté de la presse de RSF, la Turquie est aujourd’hui la plus grande prison du monde pour les journalistes professionnels. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet 2016. Près de 150 titres ont été liquidés par décret et plus d’une centaine de journalistes sont actuellement en prison. Pas moins de 775 cartes de presse et des centaines de passeports de journalistes ont été annulés sans autre forme de procès.