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17 octobre 2017

Ouganda: deux publications harcelées par la police pour avoir dénoncé d’importantes dépenses parlementaires

Ugandan lawmakers gather in the parliament to debate a move to change the constitution to extend the president's rule, in Kampala, Uganda September 21, 2017. REUTERS/James Akena
La convocation par la police des éditeurs de deux influents médias privés ougandais qui avait évoqué une question liée aux dépenses publiques des parlementaires inquiète vivement Reporters sans frontières (RSF). Non seulement, les accusations qui visent les deux publications ne sont pas fondées, mais elles contribuent également à intimider les autres médias.


Le département des enquêtes criminelles (CID- Criminal Investigations Directorate) a convoqué pour interrogatoire, le 16 octobre, les éditeurs de deux journaux privés, le tabloïd Red Pepper et le quotidien Daily Monitor, propriété du Nation Media Group. L’éditeur en chef du Daily Monitor, Charles Bichachi et l’éditeur du Red Pepper, Richard Kintu ont été interrogés pendant plusieurs heures par la police et sont à nouveau convoqués ce mercredi. Ils pourraient alors être poursuivis en justice.


La police les accuse de diffamation et de “communication offensante” (libel and offensive communication). Un délit passible d’un an de prison. En cause, des articles parus le 12 octobre dernier qui dévoilent les montants de l’argent public versés aux parlementaires pour mener des consultations sur le projet de loi prévoyant l’annulation de la limite d’âge des candidats à l’élection présidentielle. Les chiffres avancés par les journaux font état de six à sept millions de shillings ougandais (entre 142.000 à 170.000 euros) de deniers publics dépensés. Des chiffres confirmés par plusieurs législateurs et employés parlementaires.


Ce sont des parlementaires, qui se disent harcelés sur les réseaux sociaux par leurs électeurs qui leur demandent de rendre l’argent reçu, qui ont porté plainte.


Pour l’avocat du Daily Monitor, ces accusations n’ont pas lieu d’être car une publication ne peut être tenue responsable d’actes commis par d’autres, en l'occurrence ici des commentaires sur les réseaux sociaux.


“La convocation des éditeurs de ces deux journaux très populaires dans le pays est un message dissuasif envoyés à tous les autres médias. Cela revient à leur dire: ne couvrez pas de trop près cet amendement constitutionnel, estime Clea Kahn-Sriber responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Or il s’agit ici d’une consultation publique financée par de l’argent public, ces journaux sont parfaitement dans leur rôle en informant les contribuables de l’usage qui est fait de leurs impôts. Nous demandons aux autorités ougandaises de respecter la liberté de la presse et cesser ce type de pressions contre les médias.“


Jusqu'à présent, la limite d’âge d'un candidat à la présidentielle était fixée à 75 ans. La proposition de supprimer cette limite est activement soutenue par l'actuel président, Yoweri Museweni, âgé de 73 ans. Ce projet de loi a suscité de vives réactions parmi la population et les parlementaires, dont certains en sont venus aux mains. La couverture de ces événements avait déjà entrainé des mesures restrictives contre les médias audiovisuels en septembre dernier.


L’Ouganda occupe la 112e place dans le Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Dans le pays, la presse est régulièrement soumise aux pressions des autorités qui tentent de contrôler les sujets liés au gouvernement et à l’opposition.