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9 juillet 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Nouvelles révélations de RSF et Wikileaks sur la propagande saoudienne à l’étranger


A travers des câbles inédits de WikiLeaks, RSF dévoile la manière dont l’Arabie saoudite, qui a déjà étouffé toute presse indépendante dans le royaume, s’emploie à contrôler des médias étrangers pour renvoyer une image positive du royaume à l’international.
Les télégrammes diplomatiques saoudiens diffusés par Wikileaks sous le nom de “Saudi Cables” contiennent des informations stupéfiantes demeurées à ce jour inconnues sur le contrôle de l’information dans le monde par les autorités saoudiennes. Ces documents, dont la majorité sont émis entre 2010 et 2015, ne sont pas tous datés mais permettent de reconstituer, sinon des actions réalisées, du moins des démarches entreprises par Riyad pour renvoyer une image positive à l’international. La diplomatie du chéquier Du Royaume-Uni à l’Iran en passant par le Sénégal, l’Arabie saoudite distribue des aides financières aux médias partout dans le monde. Le plus souvent, ce soutien financier se fait sous forme de dons ou de milliers d’abonnements. Ainsi, l’ambassade saoudienne à Londres proposait en 2011 de soutenir la chaîne persane Wesal Farsi TV, (aujourd’hui “Tawhid”). Diffusée depuis la capitale anglaise, et appartenant à un opposant iranien sunnite, ce média, ainsi financé, présenterait l’avantage de contrer les médias iraniens critiques du régime selon le télégramme diplomatique saoudien, en payant un budget mensuel et en désignant un membre du conseil d’administration. L’ambassadeur saoudien au Sénégal proposait quant à lui d’augmenter le soutien apporté au journal “Le Soleil”, sous forme d’abonnements pour 4 000 à 10 0000 dollars américains par an ainsi que de soutenir la fondation médiatique Wal Fajr qui permettrait d’assurer une couverture des affaires saoudiennes et des activités de l’ambassade. Un média peut également demander directement un soutien au royaume. Ce fut le cas du directeur du centre médiatique afghan Spogmai qui demanda en 2009 une aide financière pour la création d’un site internet, un quotidien, une revue et une chaîne de télévision qui lui permettrait de faire en contrepoids aux médias afghans dirigés selon lui par l’Iran ou l’Inde. Refus de la critique Autre procédé des autorités : contre-attaquer face à des informations jugées néfastes pour le Royaume, voire punir. C’est ce qui est arrivé au Financial Times. Pour avoir diffusé des informations jugées “mensongères” sur l’Arabie saoudite, le journal britannique Financial Times s’est vu retirer son correspondant et fermer son bureau à Riyad. Une poursuite judiciaire était même envisagée à son encontre, si le média ne s’excusait pas et n’adoptait pas une ligne éditoriale “neutre” et “objective” sur le pays. L’ambassadeur au Liban devait quant à lui expliquer l’éventuel changement de ligne éditoriale du journal libanais Al-Safir après la parution d’un article publié sur Ben Laden et les wahabbites qui comportait selon Riyad beaucoup d’"arguments fallacieux" et “de fausses informations”. A une date non précisée, l’ambassade d’Arabie saoudite à Berlin avait alerté le ministère des Affaires étrangères de rumeurs concernant une campagne médiatique au sein de l’ambassade israélienne à Berlin en coopération avec des médias allemands contre des pays arabes, dont l’Arabie saoudite. Pour contrer cette offensive, l’ambassade saoudienne avait proposé d’embaucher des journalistes allemands expérimentés et des écrivains pour écrire des sujets sur le royaume tous les six mois. L’ambassade envisageait également la traduction de livres écrits par des Saoudiens afin de les mettre en avant à l’occasion d’évènements culturels. Les journalistes seraient payés au moins 7500 euros par mois et ceux qui “corrigeraient” les rapports seraient récompensés. En Afrique du Sud, l’ambassadeur proposait en 2009 de rémunérer un professeur près de 10 000 dollars américains pour répondre à des articles écrits fin 2008 dans un journal sur les racines de l’extrémisme musulman moderne. L’importance des ambassades Les ambassades jouent en effet un rôle dynamique dans la construction et le maintien d’une propagande active de Riyad à l’étranger. Ce sont elles qui documentent ce que la presse dit dans leurs pays respectifs, ayant une bonne connaissance du paysage médiatique national pour informer et faire des propositions au gouvernement saoudien. Ce dernier suit attentivement ce qui est dit sur les affaires saoudiennes, avec un scan quotidien pour l’Iran et des revues de presse sur des articles venant de différents pays du monde en particulier de la presse arabe. Ces documents représentent des lettres et des correspondances entre le ministère des Affaires étrangères et les ambassades saoudiennes dans le monde, mais aussi des rapports du ministère de l’Intérieur et des services de renseignement. Riyad a réagi officiellement sur Twitter en mettant en garde ses ressortissants de ne pas partager des documents qui peuvent être montés de toutes pièces. En Arabie saoudite, il n'existe aucune presse indépendante. Les journalistes, quand ils ne sont pas soumis à la censure, pratiquent l'autocensure par peur de représailles.