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20 décembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Nouvelle rafle dans l’affaire KCK: une quarantaine de journalistes en garde à vue


Mise à jour : Dans la nuit du 23 au 24 décembre 2011, la cour d’Assises d’Istanbul a décidé de maintenir en détention, jusqu'à leur procès, 35 des journalistes et professionnels des médias interpellés au cours de la rafle, survenue le 20 décembre, dans le cadre de l’affaire KCK. Ils sont soupçonnés d’appartenir à l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK - interdit en Turquie). La date de leur procès n'a pas été fixée.

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Mise à jour :
Depuis la publication de ce communiqué, le nombre des journalistes interpellé est passé à une quarantaine.

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Reporters sans frontières est vivement préoccupée par le coup de filet qui a visé la presse pro-kurde ce matin. « Les opérations de police en Turquie se suivent et se ressemblent : les perquisitions sont menées au mépris complet de la protection des sources journalistiques, les interpellations sont massives, ordinateurs et articles sont saisis comme autant de ‘preuves’. La question kurde ne sera pas résolue par la répression des opinions dissidentes au nom de la ‘lutte antiterroriste’. La criminalisation du journalisme, engagé ou non, doit impérativement prendre fin », a déclaré l’organisation.

Le 20 décembre 2011 vers 7 heures du matin, la police antiterroriste a perquisitionné les sièges à Istanbul des agences DIHA et ETHA ainsi que du quotidien Özgür Gündem, de la revue Demokratik Modernite et de l’imprimerie Gün. Le domicile du photographe de l’Agence France Presse (AFP), Mustafa Özer, a aussi été perquisitionné. Des opérations similaires ont aussi eu lieu à Ankara, Diyarbakir, Izmir, Van et Adana. Elles auraient été ordonnées par la 9ème chambre de la cour d’Assises d’Istanbul dans le cadre de l’enquête sur le réseau KCK, auquel les journalistes interpellés seraient soupçonnés d’appartenir.

Au total, environ 25 journalistes et collaborateurs des médias ont été placés en garde à vue. D’après les premières informations, le coup de filet ne visait pas seulement les médias pro-kurdes, mais également des collaborateurs de médias « mainstream » collaborant ponctuellement avec eux. Le rédacteur en chef du quotidien de gauche Birgün, Ilker Yasar, a confirmé à Reporters sans frontières l’interpellation de ses collaborateurs Zeynep Kuray (reporter) et Ömer Celik (photographe). Le reporter du quotidien Vatan, Cagdas Ulus, serait aussi en garde à vue. « Même si cette rafle apparaît comme étant dirigée contre les journalistes d’ANF et de DIHA, elle touche en fait l’ensemble de la profession », a déclaré à Reporters sans frontières le directeur de publication de Birgün, Meriç Senyüz.

Parmi les journalistes interpellés figurent la directrice de l’information de DIHA à Istanbul Fatma Koçak, la directrice de publication de l’agence ETHA Arzu Demir, la membre du conseil éditorial de Demokratik Modernite Nahide Ermis, le directeur de l’information du bureau de DIHA à Diyarbakir, Ramazan Tekgöz, l’employé de Demokratik Modernite Berxwedan Yaruk, les reporters Semiha Alankus, Sadik Topaloglu, Cagdas Kaplan, Zuhal Tekiner, Kenan Kirkaya, et Evrim Kepenek. Conformément à la législation, ils n’ont pas le droit de communiquer avec leurs avocats pendant 24 heures et seront vraisemblablement maintenus en garde à vue pendant quatre jours avant de comparaitre devant un procureur.

La police aurait perquisitionné au domicile d’Arzu Demir et saisi son téléphone portable, ses carnets de notes, deux ordinateurs portables, le disque dur d’un ordinateur et la carte mémoire d’un appareil photo appartenant à l’agence, le texte de la deuxième édition du livre ‘’Le sang ne sèche pas’’ du détenu Sami Özbil ainsi que des photos de ce dernier, et des DVD.

Dans la province de Van, ravagée le mois dernier par un tremblement de terre, les policiers ont perquisitionné une tente sous laquelle travaillaient les journalistes de l’agence DIHA privés de locaux depuis la catastrophe.