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17 juillet 2020

Nouvelle arrestation d’un journaliste de La Voix de Djibouti

Charmarke Saïd Darar (Facebook)
Après l'énième arrestation d’un journaliste de La Voix de Djibouti (LVD), le seul média libre du pays, Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté la répression qui s'abat ces dernières semaines sur les rares journalistes djiboutiens qui tentent de couvrir l’actualité locale de manière indépendante. Notre organisation demande sa libération immédiate.

Alors que l’actualité à Djibouti est toujours dominée par la détention d’un ancien officier de l’armée de l’air qui a fait désertion et dont les soutiens organisent encore régulièrement des manifestations, Charmarke Saïd Darar, correspondant pour la Voix de Djibouti (LVD), une radio et une web TV, a été arrêté dans la soirée du mercredi 15 juillet. Selon les informations obtenues par RSF auprès du directeur de LVD, le seul média  tenu par des Djiboutiens qui parvient à transmettre des informations de manière libre et indépendante dans le pays, près d’une vingtaine d’hommes se sont présentés dans les environs du domicile des parents du journaliste afin de l’arrêter. Les policiers ont signalé à des proches qui se sont interposés, agir sur ordre du colonel Elmi Daher Miguil dit “Elmi Gess”. Le journaliste est détenu au commissariat du 5e arrondissement de la capitale, situé dans la commune de Balbala, a indiqué une source proche de l’affaire contactée par RSF. Il n’a eu accès ni à son avocat ni à sa famille et aurait fait l’objet de traitements dégradants selon son média. 


Le correspondant de LVD était sous pression permanente et vivait dans la clandestinité ces dernières semaines. Il avait grandement contribué à documenter l’affaire du lieutenant Fouad Youssouf Ali, un militaire emprisonné à Djibouti après avoir tenté de fuir le pays. Lors de la dernière émission hebdomadaire “Échange sur l’actualité” à laquelle il a participé sur LVD dimanche 12 juillet, Charmarke Saïd Darar avait notamment rapporté les arrestations de deux de ses proches dans le seul but de l'intimider, précisant que cela ne l’empêcherait pas “d’accomplir sa mission de journaliste.” Il avait également rapporté que les manifestations de soutien au lieutenant se poursuivaient dans la capitale et que le frère de l’officier avait été arrêté. 


Le journaliste continuait à travailler mais vivait caché depuis la vague d’arrestations ayant touché deux de ses collègues il y a un mois. Mohamed Ibrahim Wais, correspondant de LVD et de RSF ainsi que Kassim Nouh Abar, un autre correspondant de LVD, étaient restés plusieurs jours en détention après avoir couvert l’affaire du lieutenant Fouad. Charmarke Saïd Darar avait lui-même déjà été arrêté le 3 mai dernier, journée mondiale de la liberté de la presse, pour le simple fait d’avoir couvert un incendie ayant ravagé plusieurs habitations d’une banlieue populaire de la capitale djiboutienne.


“Plus le régime djiboutien continuera de s’en prendre aux journalistes, plus les regards continueront de se porter sur ces pratiques répressives et sur cette actualité qu’il cherche de toute évidence à passer sous silence, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Ce journaliste est l’un des rares à témoigner fidèlement et avec un grand professionnalisme de l’actualité dans son pays. Il n’a commis aucune infraction. Les représailles visant ses proches et son arrestation ne sont que pure intimidation. Nous demandons sa libération.”


Les correspondants de LVD, qui travaillent dans la clandestinité faute de médias libres et indépendants autorisés dans le pays, sont régulièrement dans le collimateur des autorités qui cherchent à les identifier et à connaître leurs sources. Depuis l’arrestation et le passage à tabac d’Osman Yonis Borogeh en octobre 2019, c’est la sixième fois qu’un collaborateur de ce média est arrêté de manière complètement arbitraire.  


Le régime s’attaque aussi aux moyens de diffusion du média. En mars 2020, dans le cadre de l’opération collateral freedom, RSF avait débloqué le site internet de LVD, régulièrement rendu inaccessible par les autorités.


Djibouti, 176e sur 180 pays, a perdu trois places au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2020.