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30 janvier 2020

Nigeria : deuxième journaliste tué en six mois lors d’une manifestation

Le journaliste Alex Ogbu, Crédit : independent.ng
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités nigérianes à mener une enquête sérieuse et approfondie sur les circonstances entourant la mort d’un journaliste en marge d’une manifestation.

Alors qu’il couvrait une manifestation du mouvement islamique du Nigeria mardi 21 janvier à Abuja, la capitale du Nigeria, le journaliste Alex Ogbu, correspondant du magazine et site d’information RegentAfrica Times, a été retrouvé mort avec une blessure à l’arrière de la tête. L’incident a eu lieu alors que les forces de police lançaient du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants et ont effectué des tirs à balles réelles selon plusieurs témoignages cités par la presse nigériane. 


Le porte-parole de la police a reconnu le jour même dans un communiqué qu’une personne avait trouvé la mort durant la manifestation sans préciser qui était la victime. Lorsque l’identité du journaliste a été révélée, la police a alors soutenu que celui-ci était mort en se cognant la tête sur une pierre après être tombé. Une version contredite par la presse locale. Selon une enquête du Cable, qui cite un témoin, la police a bien fait usage de tirs à balles réelles durant la manifestation. Le syndicat des journalistes nigérians (NUJ) a également demandé que “les officiers de police impliqués dans ce meurtre doivent faire face à la loi”. 


Selon les informations obtenues par RSF, un médecin légiste a confirmé à un membre de la famille du journaliste que ce dernier était mort par balle. Une source policière a également indiqué qu’une enquête était en cours pour identifier l’officier responsable. Les résultats de l’autopsie n’ont toujours pas été communiqués. Dans une lettre adressée à l'inspecteur général de la police et consultée par RSF, les avocats de la famille ont dénoncé les irrégularités de l'enquête en cours, s'étonnant notamment qu'aucun membre de la famille n'ait pu voir le corps du journaliste avant qu'il soit embaumé. 


“C’est déjà la deuxième fois en six mois qu’un journaliste est tué dans l’exercice de ses fonctions en marge de ces manifestations, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Le manque de transparence dont souffre cette enquête jusqu’à présent a de quoi inquiéter. Nous demandons aux autorités de tout mettre en oeuvre pour faire toute la lumière sur les circonstances ayant conduit à la mort de ce journaliste”.


Un jeune journaliste de Channel TV, Precious Owolabi, avait aussi trouvé la mort dans des circonstances similaires le 22 juillet 2019. Il avait reçu une balle au cours d’une violente dispersion d’une manifestation également organisée par le mouvement islamique du Nigeria  à Abuja et était décédé des suites de ses blessures. L’enquête sur cet homicide n’a donné lieu à aucune arrestation selon le syndicat des journalistes nigérians. 


Le Nigeria occupe la 120e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.