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14 juin 2019 - Mis à jour le 31 octobre 2019

Mexique: un sixième journaliste assassiné depuis le début de l’année

Crédit : Excélsior Televisión (Youtube)
Après l’assassinat de la journaliste Norma Sarabia Garduza dans l’Etat du Tabasco et le kidnapping de Marco Miranda Cogco dans l’Etat du Veracruz, tous deux survenus le 12 juin 2019, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités fédérales mexicaine de prendre des mesures urgentes pour renforcer la protection des journalistes dans le pays.

La journaliste Norma Sarabia Garduza (46 ans) a été froidement assassinée le soir du 12 juin 2019 à Huimangillo, dans l’Etat du Tabasco (sud-ouest du pays). Elle était avec un membre de sa famille, sous le porche devant son domicile, lorsqu’une voiture s’est immobilisée devant la maison et des individus cagoulés ont ouvert le feu avant de prendre la fuite.


Spécialiste de la rubrique criminelle et policière, Norma Sarabia Garduza travaillait pour de nombreux journaux de la région, dont Cambio de Puebla, Sol del Sureste, le site Presente.mx ou encore le quotidien Tabasco Hoy, pour lequel elle écrivait depuis 20 ans.


Héctor Tapia, directeur de Tabasco Hoy a déclaré après le drame que Norma Sarabia Garduza avait déjà reçu des menaces liées à ses articles. En 2014 notamment, après avoir publié une série de révélations impliquant des policiers du Tabasco dans un kidnapping, elle avait porté plainte auprès des autorités fédérales contre Héctor Tapia Ortíz et Martín Leopoldo García de la Vega, respectivement directeur et directeur-adjoint de la police municipale de Huimangillo, et demandé des mesures de protection. Une enquête avait alors été ouverte mais classée sans suite en 2016. Malgré ces menaces, le Mécanisme fédéral de protection des journalistes ne l'avais pas intégré dans ses bénéficiaires. Contacté par RSF, le porte-parole du Parquet du Tabasco Ricardo Jaciel Rivera a affirmé qu’aucune plainte récente pour menaces ne lui avait été signalée.


“La possible implication de représentants du pouvoir local du Tabasco dans cette odieuse exécution justifie que la Feadle (ndlr- le parquet spécial pour la surveillance des délits commis contre la liberté d’expression) se saisisse de l’enquête , réclame Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine pour RSF. “Par ailleurs, face au déferlement de violences contre la presse depuis l’investiture du président Andrés Manuel Lopez Obrador, dont au moins 8 assassinats de journalistes, le gouvernement mexicain doit de toute urgence prendre des mesures pour renforcer la protection des journalistes dans le pays, et plus particulièrement dans les Etats contaminés par le crime organisé et la corruption, comme le Veracruz et le Tabasco.”


Ce même 12 juin aux alentours de 08h30, dans l’Etat voisin du Veracruz, Marco Miranda Cogco, journaliste pour Notiver, Televisa et fondateur de la page d’informations Noticias A Tiempo était kidnappé par deux individus cagoulés alors qu’il accompagnait son fils à l’école. Il a été retrouvé dix-sept heures plus tard, hagard, seul au bord d’une route avec des traces de violences corporelles. Pendant les longues heures de sa disparition, son épouse a indiqué à la presse locale que son mari avait reçu des menaces de la part d’Eric Cisneros Burgos, le ministre de l’Intérieur de l’Etat du Veracruz. Celui-ci aurait proposé à Marco Miranda Cogco des pots-de-vin pour qu’il publie des articles positifs sur lui, faute de quoi il “savait ce qui allait lui arriver”; une proposition que Marco Miranda Cogco avait refusé… Il venait de publier des informations compromettantes impliquant là encore des agents du gouvernement local du Veracruz. Sa protection ainsi que celle des membres de sa famille doivent être la priorité des autorités fédérales et locales.


Norma Sarabia Garduza est la 6ème journaliste assassinée en 2019 au Mexique, après Francisco Romero Diaz, Telésforo Santiago Enríquez, Jesús Eugenio Ramos Rodríguez, Rafael Murúa Manríquez et Santiago Barroso. Ce nouveau meurtre confirme que le Mexique est le pays le plus meurtrier du monde pour la profession.


Le Mexique est classé au 144e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 publié par RSF.