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15 mai 2018 - Mis à jour le 17 mai 2018

Mexique : un an après l’assassinat de Javier Valdez, l’enquête piétine

Ce 15 mai 2018 marque le premier anniversaire de l’assassinat du journaliste mexicain Javier Valdez. Malgré l’arrestation d’un suspect sérieux, le 23 avril dernier, les avancées dans l’enquête restent insuffisantes. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités mexicaines de tout mettre en oeuvre pour que les responsables de ce crime soient traduits en justice.

C’est une affaire qui avait profondément choqué le Mexique et la communauté internationale. Quelques jours après le drame, le président mexicain Enrique Peña Nieto s’était même engagé à renforcer la protection des journalistes dans le pays. Pourtant, un an jour pour jour après l’assassinat de Javier Valdez, abattu en plein jour à Culiacán (l'Etat du Sinaloa), de nombreuses interrogations subsistent autour de l’enquête.


Le 23 avril 2018, le Parquet fédéral spécialisé dans les atteintes à la liberté d’expression (FEADLE), annonçait l’arrestation d’Heriberto Picos Barraza, alias ‘El Koala’, membre d'une bande criminelle de la région et identifié comme le chauffeur du véhicule utilisé lors de l’assassinat. Lors de l’annonce, le commissaire à la sécurité nationale, Renato Sales, a reconnu que le meurtre de Javier Valdez était « lié à son travail d'investigation sur le narcotrafic et le crime organisé ».


Cette arrestation, qui constitue une avancée importante, est loin d’être suffisante. La FEADLE avait annoncé dès 2017 que les deux autres individus présents dans le véhicule, avaient également été identifiés. L’un d’entre eux, Luis Ildefonso Sánchez Romero, l’auteur présumé des coups de feu, a été assassiné en septembre 2017 dans l’Etat de Sonora. Aucun mandat d’arrêt n’a été lancé pour l’arrestation du second, Juan Francisco N, alias El Quillo. Surtout, les autorités judiciaires n’ont toujours pas communiqué sur les possibles auteurs intellectuels de l’assassinat.


« RSF exhorte les autorités mexicaines à redoubler d’efforts afin d’identifier et de traduire en justice l’ensemble des responsables de ce crime odieux, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de l’organisation. L’absence d’avancées concrètes sur les commanditaires du crime sont très troublants. L’enquête de la FEADLE, dans ce cas hautement symbolique, doit être exemplaire.


Javier Valdez Cárdenas, âgé de 50 ans, était un reporter aguerri, spécialisé dans le narcotrafic. Il avait publié en 2016 un livre intitulé ‘Narco Periodismo. La prensa en medio del crimen y la denuncia’ ("Narcojournalisme, la presse entre le crime et la dénonciation"). Il était également fondateur de l’hebdomadaire Ríodoce et collaborait avec le quotidien national La Jornada et l’AFP.


Selon les chiffres de la Commission nationale des droits de l’Homme mexicain (CNDH), depuis 2000, l’impunité des crimes commis contre les journaliste dépasse les 90 % au Mexique.


Plusieurs hommages, auxquels RSF est associée, sont rendus à Javier Valdez et à ses proches ces 14, 15 et 16 mai 2018 à Culiacán. Avec son partenaire local Propuesta Civica, RSF accompagne par ailleurs la famille de Javier Valdez dans l’ensemble des démarches judiciaires et le suivi de l’enquête.


Sept journalistes ont été tués depuis 2004 dans l’état du Sinaloa, et un journaliste y est porté disparu depuis 2014. Avec 11 journalistes assassinés en 2017, le Mexique est le pays le plus meurtrier d’Occident pour la profession de journaliste, et se situe à la 147e place sur 180 au Classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF en 2018.