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10 novembre 2020

Mexique : trois journalistes assassinés en 10 jours

Fonte: Twitter/ La verdad
La spirale des violences contre la presse se poursuit au Mexique : trois journalistes ont récemment été assassinés, ce qui porte à huit le nombre total de reporters tués cette année.

Le journaliste Israel Vázquez Rangel (31 ans), qui couvrait la rubrique policière pour le média digital El Salmantino, a succombé ce lundi 9 novembre à ses blessures quelques heures après avoir été attaqué par des hommes armés à Salamanca (État du Guanajuato). Alerté par la police, il venait de se rendre sur les lieux de la découverte de restes humains, où deux hommes non encore identifiés, ont ouvert le feu sur lui.


Une semaine plus tôt, le 2 novembre au soir, le journaliste indépendant Jesús Alfonso Piñuelas Montes (43 ans), plus connu sous le surnom de “El Norris”, a été tué par balles alors qu’il circulait à moto à Ciudad Obregón, dans le “municipio” de Cajeme, l’un des districts les plus violents et dangereux de l’État de Sonora. Il collaborait à plusieurs médias régionaux, dont la chaîne Televisora del Pacífico et le journal El Regional de Sonora, ainsi qu’à l’agence de presse Agencia ICE. Il avait aussi créé deux pages Facebook, Zarathustra Prensa et El Shock de la Noticia, dans lesquelles il couvrait l’actualité générale, mais aussi les affaires criminelles et policières (nota roja). Jesús Alfonso Piñuelas Montes était aussi photographe, et, en dehors de ses activités journalistiques, avait travaillé comme agent de sécurité et se préparait à devenir livreur dans le secteur de la restauration rapide, a signalé le parquet de Sonora. 



Quelques jours avant, le 29 octobre dernier, c’est le journaliste du groupe TV Multimedios Televisión, Arturo Alba Medina (49 ans), qui animait l'émission Noticiero de Telediario pour la chaîne Canal 6, qui a été assassiné à Ciudad Juárez (État du Chihuahua). Il venait de sortir du studio de télévision lorsque deux individus armés l’ont criblé de balles à l’intérieur de sa voiture. 


Le directeur des programmes de la chaîne, Raymundo Chagoyán, a confié à RSF qu’Arturo Alba Medina était “un homme tranquille qui n’avait jamais eu de problèmes avec personne”. Le journaliste était également porte-parole de l'Institut Technologique de Ciudad Juárez et avait collaboré avec d’autres médias locaux. Dans son émission sur Canal 6, il abordait régulièrement l'insécurité et la corruption de la classe politique dans la région.


“Nous appelons les autorités locales, mais aussi fédérales, à faire toute la lumière sur ces sordides exécutions, en priorisant la piste professionnelle, déclare le directeur du bureau Amérique latine de RSF, Emmanuel Colombié. Dans les États les plus contaminés par la corruption et le crime organisé, les journalistes sont toujours plus vulnérables et exposés à des représailles. Le gouvernement mexicain doit mesurer l’ampleur de cette violence et prendre des décisions courageuses pour endiguer la chasse aux journalistes, dont les conséquences pour l’ensemble de la société mexicaine sont dramatiques."


A ces cas, s’ajoutent ceux des journalistes Cecilia Solís, du journal Diario de Quintana Roo et Roberto Becerril, du site La Verdad, gravement blessés par balles, le 9 novembre, lors d’une intervention armée et violente de la police pour disperser une manifestation féministe dans la ville de Cancún (État du Quintana Roo). Les journalistes Santiago Rodas, de l’agence Quadratín, et Selene Huidrobo, du groupe Sipse TVCUN, ont également été pris à parti et violentés par les forces de l’ordre.


Arturo Alba Medina, Jesús Alfonso Piñuelas Montes et Israël Vázquez Rangel sont les sixième, septième et huitième journalistes assassinés au Mexique en 2020, après Julio Valdivia Rodríguez, Pablo Morrugares, Víctor Fernando Álvarez Chávez, Jorge Miguel Armenta Ávalos et Maria Elena Ferral Hernández


En 2019, au moins dix journalistes ont été tués en lien avec leur activité professionnelle à travers le pays, faisant du Mexique le pays le plus meurtrier du monde pour la profession. 


 Le Mexique se situe au 143e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 publié par RSF.