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21 septembre 2018 - Mis à jour le 25 septembre 2018

Mexique : l’avenir du Mécanisme de protection incertain après l'assassinat d'un 10e journaliste

AmecoPress
Alors que le journaliste Mario Leonel Gómez Sánchez vient d’être assassiné dans l’Etat du Chiapas ce 21 septembre, les autorités mexicaines ont annoncé que les ressources financières allouées au Mécanisme fédéral de protection des journalistes allaient être drastiquement réduites. Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète d’une telle décision et exhorte les autorités à renforcer de toute urgence la protection des journalistes.

Vendredi 21 septembre, dans la municipalité de Yajalón (État de Chiapas, sud du pays), le journaliste Mario Leonel Gómez Sánchez a été abattu en pleine rue par des individus à moto, alors qu’il sortait de son domicile. Ce journaliste de 40 ans était correspondant pour le quotidien local El Heraldo, pour lequel il couvrait les faits divers et abordait régulièrement l’augmentation des violences dans la région. Depuis 2010, il recevait régulièrement des menaces de mort et des messages anonymes l’intimant à cesser de publier des informations sur des affaires de corruption impliquant des fonctionnaires de la municipalité. Il avait porté plainte à trois reprises auprès des autorités du Chiapas, et demandé des mesures de protection. Selon le procureur de l’Etat du Chiapas, contacté par RSF, deux escortes policières lui avaient été accordées en septembre 2017 puis retirées en décembre 2017 sur sa propre demande. Une version contredite par la famille du journaliste qui affirme de son côté que des mesures lui avaient brièvement accordées puis retirées sans explications en 2016.


En comptant le cas de Mario Leonel Gómez Sánchez, au moins 10 journalistes ont été assassinés au Mexique en 2018, dont 7 en lien direct avec leurs activités professionnelles (les cas les plus récents sont en cours d’investigation par RSF). La veille de son assassinat, les membres du Conseil consultatif du Mécanisme de protection des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes, créée en 2012 et rattaché au ministère de l’Intérieur (Segob), avaient confirmé une nouvelle réduction des ressources financières allouées par le gouvernement.


“Ce nouvel assassinat illustre le manque de volonté des autorités d’enrayer la spirale de violence qui s’abat sur les journalistes mexicains depuis des années et la nécessité de maintenir, voire même de renforcer le Mécanisme de protection, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Les autorités doivent respecter leurs engagements pris en 2017 après la mort de Javier Valdez, faute de quoi elles se rendront complices des prochaines exactions commises contre les journalistes.”


Le Mécanisme assure à l’heure actuelle plus de 3500 mesures de protection pour les journalistes et défenseurs des droits de l’Homme en danger, parmi lesquelles des escortes policières, des caméras de surveillance, des refuges d'accueil, des boitier d’alerte, etc. Or, certaines mesures de protection pourraient êtres suspendues, et les nouvelles demandes entrantes ne pas être traitées faute de moyens. Sur les 126 millions de pesos demandés par le Conseil consultatif pour garantir jusqu’à la fin de l’année les mesures de protection aux 727 actuels bénéficiaires du Mécanisme, dont 302 journalistes, seuls 76 millions ont pour l’instant été validés par la Segob, confirmant ainsi l’absence de volonté du gouvernement du président sortant Peña Nieto de renforcer durablement la protection des journalistes dans le pays.


Le nouveau budget du Mécanisme pour 2019 sera validé par le Congrès mexicain en décembre, quelques jours après l’investiture officielle du nouveau président élu Andrés Manuel López Obrador. Ce dernier aura la lourde responsabilité de mettre en place une politique complète et efficace de protection des journalistes et de prévention des risques, comme le rappelait RSF lors de la campagne électorale.


Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), la Commission nationale des droits de l’Homme mexicaine (CNDH) et de nombreuses organisations locales et internationales de défense de la liberté de la presse ont également fait part de leur inquiétudes sur l’avenir du Mécanisme.


Le Mexique se situe à la 147e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.