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18 novembre 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Menaces, descente de police, tentatives de saisies : semaine noire pour le Daily Monitor


Reporters sans frontières appelle fermement le gouvernement ougandais à la raison, après que le quotidien indépendant Daily Monitor a subi une semaine de harcèlement et de menaces de la part de la police, dans le cadre d'une campagne de disqualification de l'opposant Kizza Besigye, culminant avec le raid spectaculaire d'un commando de police dans les locaux du journal, dans la soirée du 17 novembre 2005.

« Envoyer la police, la nuit, dans une rédaction et traquer un journal sur les routes du pays est un réflexe despotique dont le gouvernement ougandais doit définitivement se débarrasser, a déclaré Reporters sans frontières. Une fois pour toutes, le Daily Monitor, régulièrement ciblé par les ministres ou le Président, doit être laissé en paix. En période de trouble politique, agresser la presse indépendante ne fait qu'aggraver les choses. »

Peu après 23 heures, le 17 novembre, une vingtaine de policiers en armes ont fait brutalement irruption dans les bureaux abritant le quotidien indépendant Daily Monitor et la station de radio 93.3 KFM, situés sur la 8e rue de la zone industrielle, dans le quartier de Namuwongo, à Kampala, la capitale. Commandés par le commissaire de la bridage criminelle, Edison Mbiringi, les policiers ont exigé de savoir qui était à l'origine d'affiches placardées dans différents endroits de la ville par le principal parti d'opposition, le Forum pour un changement démocratique (FDC). Cette affiche était un appel aux dons pour une organisation de défense des prisonniers politiques en Ouganda, le Fonds des droits de l'homme Kizza Besigye, du nom du président du FDC récemment rentré d'exil et presque aussitôt emprisonné pour « trahison » et « viol ».

Le Daily Monitor ayant fait paraître une annonce identique sur une demi-page, dans son édition du jour, la police a accusé la direction du journal d'être à son origine. Les policiers, sans fournir d'autre explication, ont affirmé que la publication d'une telle annonce nécessitait une autorisation de la police et qu'elle était, par conséquent, illégale. Face aux arguments de la direction du journal, le commando s'est retiré vers 1 heure du matin.

Aussitôt, les camionnettes de livraison du Daily Monitor ont été arrêtées et inspectées dans divers endroits du pays, notamment dans l'Ouest et le Nord, ainsi que sur la route de l'aéroport international d'Entebbe et dans le fief de Kizza Besigye, Rukungiri (Sud-Ouest). Dans cette ville, ainsi qu'à Kabale, la police a bloqué les bureaux locaux du journal, afin de saisir les exemplaires qui devaient leur être livrés. Dans la ville de Pallisa (Est), un représentant du Daily Monitor a reçu l'ordre de la police de ne pas distribuer le journal. L'intervention de la direction du quotidien a permis de débloquer la situation.

Le 15 novembre, le Daily Monitor avait été menacé de fermeture, après avoir publié un article affirmant que le président Yoweri Museveni avait choisi son demi-frère Salim Saleh comme chef des armées, avant de finalement changer d'avis. Le journal avait dû publier un droit de réponse du gouvernement pour éviter que celui-ci ne prenne « d'autres mesures ». Dans une autre affaire, l'auteur de l'article, le journaliste politique vedette, également animateur sur 93.3 KFM, Andrew Mwenda, avait été arrêté le 12 août et relâché sous caution trois jours plus tard, après la diffusion d'une émission consacrée à la mort accidentelle du leader rebelle soudanais John Garang. Actuellement poursuivi pour « sédition », il risque cinq ans de prison.