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29 juin 2018

Maroc : RSF dénonce une condamnation inique dans le procès de Hamid el Mahdaoui

La cour d’appel de Casablanca a condamné, le 28 juin en fin de soirée, le journaliste Hamid el Mahdaoui à trois ans de prison ferme pour “non dénonciation de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un verdict inique.

Après neuf mois de procès, le verdict est tombé. Poursuivi pour “non dénonciation de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”, le directeur du site Badil.info a été condamné par la cour d’appel de Casablanca à trois ans de prison ferme et 3000 dirhams d’amende. Il avait été arrêté le 20 juillet 2017 alors qu’il filmait le déroulement des rassemblements d’Al-Hoceïma, interdits quelques jours plus tôt par les autorités. Ces dernières lui reprochent de ne pas avoir alerté la police après avoir été contacté par un Marocain basé aux Pays-Bas qui aurait évoqué la présence d’armes destinées au Hirak. Des accusations dont s’est toujours défendu le journaliste, estimant n’avoir jamais pris au sérieux ces informations.

Reporters sans frontières est profondément choquée par cette condamnation lourde et ubuesque. En dissociant deux jours plus tôt le dossier du journaliste de ceux du Hirak, la cour d’appel de Casablanca avait pourtant donné l’espoir qu’il soit libéré, déclare Souhaieb Khayati le directeur du bureau Afrique du Nord de RSF. Les autorités s’acharnent contre ce journaliste qui n’a fait que son travail. Informer ne saurait constituer crime.”

Le journaliste était jugé depuis neuf mois avec 53 co-accusés du Hirak. Il y a deux jours, la justice marocaine avait décidé de juger séparément le journaliste des autres prévenus. Une décision qui avait suscité l’espoir d’une relaxe. Dans l’enceinte de la cour d’appel, l’énoncé du jugement a provoqué une onde de choc. Son avocate a déclaré aux médias présents que le jugement était “cruel” et qu’ils allaient faire appel.

Connu pour ses prises de position critiques contre le pouvoir marocain et ses vidéos diffusées sur YouTube dans lesquels il commente l’actualité, El Mahdaoui s’est imposé comme une figure incontournable des réseaux sociaux. Dans le collimateur des autorités marocaines pour son ton indépendant, le journaliste avait déjà été condamné à une peine d’une année de prison ferme, le 12 septembre 2017, accusé d’avoir “incité à une manifestation interdite”.

Le Maroc figure à la 135e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse en 2018.