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21 novembre 2019

Manifestations en Irak : les milices, une menace permanente contre les journalistes

Depuis le début des protestations en Irak au mois d'octobre, des dizaines de journalistes ont reçu des menaces de la part de milices locales pour les dissuader de couvrir les événements. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ce climat d'insécurité grandissant pour les journalistes et appelle les autorités irakiennes à renforcer leur protection.

Trente-trois… c’est le nombre de journalistes menacés par des groupes issus de milices non identifiées depuis le début du mouvement de contestation, le 1er octobre dernier. Ce chiffre recensé par la Press Freedom Advocacy Association est d’autant plus inquiétant que les passages à l’acte sont de plus en plus fréquents.

Après plusieurs semaines de menaces continues, l’écrivain et journaliste-citoyen, Amjed Al-Dahamat,  a été abattu le 7 novembre dans la province de Maysan (sud-est de l’Irak) par un groupe armé non-identifié. Plus récemment, le 17 novembre, le journaliste Muhammad Al-Shamari, membre de l'Observatoire irakien de la liberté de la presse -qui est lié au syndicat national des journalistes-, a été enlevé près de son domicile. Le journaliste a été porté disparu pendant 24 heures avant d’être libéré. Il partageait régulièrement sur son compte Facebook des informations sur la répression des manifestations et avait été menacé de toutes parts. Aucune information n’a filtré, ni sur les conditions de son enlèvement, ni sur celles de sa libération.

Les médias eux-mêmes ne sont pas épargnés : au moins trois rédactions ont été saccagées par des hommes armés inconnus, dès la première semaine de mobilisation. Le harcèlement est tel que nombre de journalistes préfèrent cesser leur activité. Selon des informations recueillies par RSF, plusieurs d’entre-eux ont quitté Bagdad, voire même l'Irak.

« Dans ce climat d’insécurité grandissant qui cible particulièrement les médias, les autorités irakiennes faillissent à remplir leur rôle et obligation de protéger les journalistes, déplore Sabrina Bennoui, responsable du bureau Moyen-Orient à Reporters sans frontières (RSF). Tout doit être fait pour empêcher que ce genre d’atteinte grave ne se reproduise. Si l’Etat n’agit pas, les journalistes, qui peinent déjà à rapporter des informations, seront peu à peu réduits au silence, comme dans les pires dictatures. » 

Depuis plusieurs années, l’Irak compte une soixantaine de milices armées liées à des groupes religieux, des partis politiques ou des puissances étrangères. Elles opèrent en parallèle des forces régulières et échappent souvent au contrôle de l’Etat irakien. Cette prolifération des milices rend difficile l’identification des auteurs des menaces. Profitant du contexte d’instabilité qui accompagne les manifestations, ces groupes s’en prennent aux journalistes qui filment le mécontentement des populations et les tirs à balles réelles contre les manifestants.

Ces différents groupes d’influences disposent aussi d’une armée de comptes anonymes en ligne, dont certains ont récemment partagé sur les réseaux sociaux une liste noire de journalistes accusés de travailler “pour le compte d’Israël et des Etats-Unis”. A l’heure actuelle, des dizaines de ces comptes ont lancé le hashtag “Agents du Joker”, en référence aux Etats-Unis. Des photos de journalistes identifiés comme des ennemis et grimés en clowns, sur fond de drapeau américain, sont diffusées à la manière d’avis de recherche. 

Cette année, l’Irak occupe la 156e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.