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4 avril 2016 - Mis à jour le 6 avril 2016

Maldives: RSF dénonce les arrestations massives de journalistes manifestant pour la liberté de la presse

Seize journalistes ont été arrêtés dimanche 3 avril 2016 par la police de Malé lors d’une manifestation contre la répression de l’information par le gouvernement. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités maldiviennes de renoncer à toute poursuite à l'encontre des journalistes interpellés.

La police anti-émeutes a réprimé dans la violence une manifestation pacifique organisée par des journalistes maldiviens devant le bureau présidentiel. Des officiers ont utilisé du gaz-lacrymogène pour déloger les manifestants, avant d’interpeller seize d’entre eux. Trois journalistes ont été hospitalisés tandis que cinq de leurs confrères du Maldives Independent, six journalistes de Haveeru, deux de Sangu TV, deux de Raajje Tv et un journaliste de Villa TV ont été inculpés d’ « obstruction aux forces de l’ordre » et déférés devant un juge dès le lendemain.


Les journalistes protestaient contre le déclin de la liberté de la presse enregistré dans l’archipel. Parmi les griefs, la fermeture par décision de justice du journal Haveeru, un projet de loi récemment présenté à l’assemblée visant à criminaliser la diffamation, un délit dépénalisé en 2009, des restrictions dans l’accès à l’information au sein des institutions judiciaires et la passivité du gouvernement dans la lutte de l’impunité des crimes contre les journalistes, se traduisant par un manque d’avancées notables dans l’enquête sur la disparition du journaliste de Minivan News (aujourd’hui Maldives Independent), Ahmed Rilwan.


«La succession de mesures liberticides et les actions de répression qui visent directement les journalistes indiquent clairement que nous n’avons pas à faire à un gouvernement démocratique acceptant l’existence d’un contre-pouvoir, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Nous attendons du président Abdulla Yameen Abdul Gayoom qu’il mette immédiatement fin à la dérive autoritaire dans laquelle il entraîne le pays. Tous les journalistes arrêtés doivent être relaxés.»


Malgré les violences, les manifestations ont continué le 4 avril, à l’extérieur du Parlement et devant une Cour de Malé où étaient entendus certains des journalistes interpellés la veille.


En novembre 2015, Reporters sans frontières avait mis en garde les autorités contre toute velléité de museler la presse, dénonçant de multiples attaques à l’encontre de journalistes, de chaînes de télévision et de sites d’information. Après l’instauration de l’état d’urgence décrété le 4 novembre, la Commission audiovisuelle des Maldives avait immédiatement menacé de suspendre les licences des médias qui diffuseraient des informations « menaçant la sécurité nationale ».


L’archipel des Maldives, où règne l'insécurité pour les médias d'opposition et les médias indépendants, est classé 112ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières, soit une chute de 60 places depuis 2010. La famille et les proches du journaliste Ahmed Rilwan, demeurent sans nouvelle du journaliste depuis sa disparition, le 8 août 2014.