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13 juillet 2020 - Mis à jour le 1 septembre 2020

Maldives : le bureau du président impliqué dans un cas de harcèlement sexuel contre la journaliste Rae Munavvar

La rédactrice en chef de The Edition, Rae Munavvar, lors de la cérémonie de lancement du quotidien, le 15 mai 2018 (photo : Nishan Ali / edition.mv).
Rédactrice en chef d’un quotidien de l’archipel, elle a été l’objet de demandes clairement déplacées de la part du directeur de la communication de la présidence de la République. Reporters sans frontières (RSF) condamne une atteinte choquante à la dignité de la journaliste et demande au président des Maldives d’intervenir pour que des sanctions appropriées soient prises.

Cela fait près d’un an et demi qu’elle attend une réaction des autorités. La journaliste Rae Munavvar, rédactrice en chef de The Edition, la version anglophone du  quotidien maldivien Mihaaru Daily, a révélé, le 8 juillet sur Twitter, qu’elle avait déposé une plainte, cinq mois plus tôt, pour harcèlement sexuel à l’encontre du directeur de la communication du bureau de la présidence de la République.  

 

L’homme, un dénommé Hassan Ismail, aurait profité d’une rencontre avec la journaliste, en février 2019, pour lui proposer un accès exclusif au président maldivien, notamment durant les visites officielles, si elle acceptait de “passer du temps” avec lui dans un hôtel de luxe de l'archipel ou dans sa résidence privée basée au Sri Lanka. Le directeur de la communication aurait aussi fait miroiter à Rae Munavvar que si elle se pliait à ses demandes, il pourrait faciliter la nomination de son père, un ancien procureur, à un poste prestigieux dans l’administration. 

 

Selon les informations recueillies par RSF, la journaliste et sa rédaction ont immédiatement alerté la présidence sur ce comportement, laquelle n’a accusé réception de sa requête qu’au bout de sept mois, sans du reste y donner suite.

 

Inertie

 

Faute de réponse, elle a donc décidé, un an après les faits, de porter le dossier devant la police et la commission anti-corruption, le 4 février dernier. Il a toutefois fallu qu’elle rende l’information publique, la semaine dernière, pour qu’un commissaire de police réponde sur Twitter qu’une enquête venait finalement d’être ouverte. 

 

“L’inertie choquante qui caractérise l’affaire de Rae Munavvar révèle de graves dysfonctionnements au sein de l’administration et de la police maldiviennes, note Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons le président Ibu Solih à intervenir sur-le-champ en limogeant son directeur de la communication et en lançant une enquête interne sur ce cas avéré de harcèlement sexuel doublé d’une tentative de corruption à l’encontre d’une journaliste. Il en va de la crédibilité de l’Etat de droit dans la République des Maldives.”

 

Après 2013 et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement très hostile à toute critique journalistique, la position des Maldives n’avait cessé de chuter au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, passant en cinq ans de la 103e à la 120e place en 2018. L’arrivée au pouvoir, en septembre 2018, de l’actuel président, Ibrahim Mohamed Solih, dit “Ibu”, a éveillé de nombreux espoirs qui restent, pour partie, à concrétiser.

 

La réponse des autorités maldiviennes à l’affaire de Rae Munavvar sera déterminante pour l’évaluation de la liberté de la presse dans la pays. L’archipel de l’océan indien a gagné 19 places dans l’édition 2020 du classement de RSF, et se classe à la 79e place sur 180 pays.