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20 février 2018

Maldives : deux journalistes violemment interpellés, les médias attaqués par la police

Le journaliste Hussain Hassan violemment interpellé puis transféré à l'hôpital, alors qu’il couvrait une manifestation de l’opposition à Malé (photos : Mohamed Sharuhaan - Raajje TV).
Deux journalistes arrêtés, une vingtaine d’autres brutalisés : c’est le bilan des violences policières contre la presse qui tentait de couvrir une manifestation organisées par l’opposition vendredi 16 février. Alors que l’état d’urgence vient d’être étendu à 30 jours, Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les violences commises à l’encontre des journalistes et appelle les autorités maldiviennes à respecter le droit d’informer.

Les Maldives s’enfoncent dans une crise politique sans précédent, marquées par de nouvelles violations à la liberté de la presse. Deux journalistes, Hussain Hassan, de Raajje TV, et Leevan Ali Nasir, de VTV, ont été violemment interpellés dans la soirée du 16 février alors qu’ils couvraient une manifestation de l’opposition à Malé, la capitale. Victime de blessures graves, rendu inconscient, Hussain Hassan a été admis en urgence à l’hôpital ADK de la capitale. Transféré dimanche au Sri Lanka pour y recevoir des soins supplémentaires, il a échappé de justesse à des officiers de police qui l’ont poursuivi jusqu’au seuil de la zone internationale de l’aéroport de Malé.


“Les violences commises par les forces de l’ordre contre les journalistes qui essayent de faire leur travail sont proprement inacceptables, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Les autorités doivent cesser leurs tentatives d’intimidations et respecter la Constitution de l’archipel, qui garantit la liberté de la presse même en cas d’état d’urgence. Surtout, il n’est pas tolérable que le gouvernement rende les journalistes responsables de la crise politique actuelle.”


Abdul Raheem Abdulla, vice-président du parti au pouvoir, a accusé les médias Raajje TV et VTV de “semer la discorde” dans le pays, tandis que Ahmed Nihan, leader de la majorité au Parlement, a affirmé sur Twitter que ces deux chaînes avaient elles-mêmes organisé la manifestation, sans en apporter la moindre preuve. Dans un communiqué, les autorités accusent même les journalistes de “diffuser de fausses informations” et de s’être comportés comme des manifestants. Elles nient également toute violence à l’encontre des journalistes.


Pourtant, la police maldivienne n’a pas hésité à user de la force contre les journalistes présents aux manifestations, les frappant et les aspergeant de gaz lacrymogène. Au total, une vingtaine de journalistes travaillant pour divers médias ont été hospitalisés pour leurs blessures.


L’acharnement du gouvernement d’Abdulla Yameen contre les médias et le nombre d’atteintes à la liberté de la presse ne cessent d’augmenter depuis la déclaration de l’état d’urgence le 5 février, lequel vient d’être prolongé pour une durée de 30 jours. RSF, conjointement avec plusieurs ONG, a récemment appelé les autorités maldiviennes à laisser les journalistes du pays travailler sans risque de représailles.


Les Maldives se situent à la 117ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017.