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5 mars 2018 - Mis à jour le 23 août 2019

Malaisie : le gouvernement veut instrumentaliser la notion de “fake news” pour museler la presse libre

Le gouvernement de Najib Razak (droite) instrumentalise la notion vague de “fake news” en arguant d’un risque de menace pour la stabilité politique (photo : Mohd Rasfan / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités malaisiennes à abandonner le projet de loi contre les fausses nouvelles qui doit être examiné au Parlement à partir d’aujourd’hui lundi 5 mars, et qui s’annonce comme une nouvelle arme aux mains du pouvoir pour bâillonner la liberté de la presse.

Le Premier ministre Najib Razak et son gouvernement déclarent la guerre aux “fake news”. C’est du moins le prétexte avancé pour justifier le nouveau projet de loi présenté à partir d’aujourd’hui lundi devant le Parlement malaisien pour lutter contre la diffusion de fausses nouvelles. Ce nouveau texte a été mis au point par un comité spécial formé le 30 janvier dernier par Najib Razak, composé notamment de représentants du gouvernement, de la police, du Conseil de sécurité nationale et de la Commission malaisienne des communications et du multimédia (plus connue sous son acronyme anglais MCMC). Or, la diffusion de fausses informations est déjà punie par la législation malaisienne, notamment par l’article 8A de loi sur la presse et les publications de 1984 et l’article 233(1) de la loi sur les communications et le multimédia de 1998.


“Il ne revient pas au pouvoir exécutif de déterminer la véracité des informations fournies par le travail journalistique, estime Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le Parlement doit clairement rejeter ce projet de loi qui, sans rien apporter de nouveau pour lutter contre la diffusion d’informations délibérément fausses, ferait peser une nouvelle menace sur une liberté de la presse déjà largement étouffée par les différentes législations en vigueur en Malaisie. La notion de “fake news” telle qu’elle est portée par ce texte est bien trop vague pour faire l’objet d’une loi prévoyant d’aussi lourdes peines.”


Les “fake news” y sont notamment définies comme “des informations qui pourraient menacer l'harmonie raciale et religieuse du pays”. Contrairement au barreau malaisien qui a exprimé ses réserves sur ce projet de loi, les autorités considèrent que les pénalités actuelles ne sont pas suffisantes. Le directeur exécutif de la MCMC, Mazlan Ismail, a d’ailleurs préconisé de multiplier par 10 les sanctions existantes en matière de fausse information : la publication de ce qu’il désigne comme “fake news” serait alors passible d’une amende de 500.000 ringgits (environ 100.000 euros) et d’une peine de 10 ans de prison.


Le gouvernement a déjà commencé à se muer en “ministère de la Vérité” en mars 2017, avec la mise en place d’une plateforme de “vérification des informations”, sebenarnya.my (“en vérité”, en malais), sur laquelle les autorités dénoncent et corrigent ce qu’elles considèrent être de fausses nouvelles.


RSF relaie les inquiétudes des défenseurs des droits de l’homme en Malaisie inquiets de cette nouvelle loi, qui pourrait conduire à davantage d’arrestations de journalistes et de voix critiques du gouvernement, et ce à quelques mois des élections législatives prévues à l’été 2018.


La Malaisie se classe à la 144ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2017.