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8 octobre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Liu Xiaobo, un militant de la liberté d'expression, récompensé


Nous accueillons avec une immense émotion l'attribution du prix Nobel de la paix à l'intellectuel chinois Liu Xiaobo. Cette décision du Comité norvégien est un geste d'une portée historique en faveur du mouvement pour la liberté d'expression en Chine. Nous y voyons un message d'espoir pour le lauréat, condamné à onze ans de prison, mais également pour les dissidents en détention à travers le monde et pour le peuple chinois.

Les menaces de représailles des autorités chinoises n'auront pas suffi pour apeurer le Comité Nobel et les autorités norvégiennes. C'est une leçon pour tous les gouvernements démocratiques qui plient trop souvent face aux pressions de Pékin.

Nos pensées vont vers Liu Xiaobo d'abord, emprisonné injustement pour son combat pacifique, mais également pour son épouse, seule à Pékin, privée de son mari.

En 2004, Liu Xiaobo avait été récompensé du prix Reporters sans frontières pour les défenseurs de la liberté de la presse. Dans un message adressé à cette occasion, il avait déclaré : "Même si le Parti édicte des lois de plus en plus sévères contre Internet et alors que les technologies de contrôle s’améliorent sans arrêt, il (le pouvoir) ne pourra jamais contrôler ou censurer complètement Internet."

Liu Xiaobo : le défi de la libre parole

Ancien professeur de philosophie à l’université de Pékin, Liu Xiaobo a une idée fixe : la presse chinoise doit devenir un contre-pouvoir face à l’omnipotence du Parti communiste. C’est pourquoi il se bat sans relâche pour le principe universel de la liberté de la presse, demande la libération des journalistes et des dissidents emprisonnés, et publie des pamphlets sur Internet ou dans les journaux de Hong Kong et de la diaspora chinoise. Tout cela au risque de sa liberté.

Après avoir défendu publiquement le mouvement démocratique des étudiants de juin 1989, Liu Xiaobo a passé deux ans en prison. Il a également été condamné à trois ans de rééducation par le travail en 1996 pour avoir contesté le rôle du Parti unique. Plus récemment, en mai 2004, la police politique a coupé son accès à Internet et son téléphone après la publication d’un essai critiquant les procès pour « subversion » contre les journalistes et les dissidents. Il réside toujours à Pékin et les autorités lui refusent systématiquement un passeport malgré les invitations répétées d’universités nord-américaines. Liu Xiaobo a également été l'un des responsables de l’Association des écrivains indépendants, seule du genre en Chine.

Arrêté en décembre 2008, Liu Xiaobo a passé près d’un an en prison avant d’être officiellement inculpé de "subversion”. Des dizaines de journalistes étrangers, de diplomates et de partisans du dissident ont été empêchés d'assister à son procès, qui s’est tenu le 23 décembre 2009. Le jour de Noël, il a été condamné à onze ans de prison pour “subversion du pouvoir de l’Etat”. Les autorités lui reprochent des articles publiés sur Internet et sa participation à l’élaboration de la Charte 08, texte de référence du mouvement démocratique chinois.
Lancée le 8 décembre 2008, veille du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte 08 a été élaborée sur le modèle de celle diffusée en 1977 par des dissidents tchécoslovaques. Plus de trois cents intellectuels et militants des droits de l’homme en sont les signataires originels. Elle compte aujourd’hui plus de dix mille signatures.

Dans un texte rédigé à l'intention de Reporters sans frontières en mars 2004, Liu Xiaobo écrivait : "Les médias électroniques à l’intérieur du pays et à l’étranger permettent de briser la censure du Parti communiste chinois. (…) Dans ce jeu d’interdiction et de contre-interdiction, l’espace d’expression du peuple s’agrandit millimètre par millimètre. Plus le peuple avance, plus les autorités reculent. Le temps n’est plus loin où la frontière de la censure pourra être franchie et où la liberté d’expression deviendra une exigence publique du peuple."