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20 novembre 2019

L’Iran coupé du monde pour mieux imposer le silence et réprimer

Anadolu Agency/AFP
Suite à des manifestations massives contre la hausse du prix de l’essence dans plus de 100 villes du pays, internet a été totalement coupé dans la soirée du 16 novembre et continue d’être fortement perturbé. Reporters sans frontières (RSF) dénonce et condamne la répression du droit fondamental à l’information en Iran.

Couper l’accès internet dans le pays est une méthode habituelle pour le régime iranien pour contenir et réprimer les mouvements de contestation dans le pays.  Mais jamais encore la coupure n’avait été aussi longue : pendant 52 heures, le pays a été totalement coupé du monde. L’accès à internet est toujours fortement perturbé. Une décision prise par le haut conseil de la sécurité nationale présidé par le président de la République, Hassan Rohani, et qui a pour but de contrôler la diffusion de l’information, notamment sur les réseaux sociaux. 

Selon les médias et les journalistes indépendants, 100 personnes ont été tués par les forces de l’ordre pendant 3 jours de manifestations. Mais l’ensemble de la population iranienne, soit 80 millions de personnes, a été privée de son droit à l’information à cause de « voyous », qui seraient « peu nombreux » d’après les dires du guide suprême Ali Khamenei et du président de la République, Hassan Rohani.

Selon des chiffres officiels, près de 62 millions internautes utilisent internet sur leur téléphone portable internet sur leur téléphone portable en Iran. Même si les applications Telegram, Signal, Facebook et twitter sont en principe inaccessibles en Iran, les internautes parviennent à les utiliser via des logiciels et des applications qui contournent le blocage.

Depuis quinze ans le régime vante les mérites d’un réseau d'information national, un “Internet halal”, et le présente aux internautes comme une solution pour bénéficier, en toute sécurité, de plus de services. En réalité, les autorités cherchent avant tout à limiter la transmission et la diffusion d’informations libres et indépendantes, qu’elles considèrent comme des tentatives “contre-révolutionnaires subversives”.

En juillet 2016, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, a reconnu l'accès à Internet et la liberté d'expression qui l'accompagne comme étant un droit fondamental et a condamné sans équivoque les mesures qui visent à empêcher ou à perturber délibérément l'accès à l'information ou la diffusion d'informations en ligne.

« RSF condamne cette nouvelle vague de répression contre la liberté d'information en Iran, déclare Reza Moini, responsable de la zone Iran-Afghanistan à RSF. L’organisation appelle le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, David Kaye, à intervenir au plus vite pour protéger les droits fondamentaux des Iraniens. Le régime de Téhéran doit respecter ses engagements envers les normes internationales et mettre fin à toute discrimination digitale. »

Dans une lettre adressée à la Haut‑Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, la Prix Nobel de la Paix 2003, Shirin Ebadi, dénonce : “le monopole des médias ne se limite pas à la radio, à la télévision et aux publications parrainées par le gouvernement. De nombreux acteurs gouvernementaux tels que le guide suprême, le Président et même le ministre des Technologies, de l’Information et des Communications utilisent des canaux multimédias filtrés tels que Twitter et Telegram pour partager publiquement leurs messages toxiques contre la volonté des citoyens. Si ces canaux sont disponibles,  ils devraient l’être pour l’ensemble des citoyens et pas seulement pour les autorités et le gouvernement.

 L’Iran se situe à la 170e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF