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10 septembre 2019

Libération du journaliste Ferran Barber : RSF dénonce une détention arbitraire et des mauvais traitements

Ferran Barber le 8 août, quelques minutes avant son enlevement / DR
Le journaliste espagnol Ferran Barber a été libéré le 4 septembre après un mois de détention à Erbil en Irak. RSF dénonce les conditions de son arrestation par les forces de sécurité du Kurdistan irakien et les mauvais traitements infligés au journaliste pendant son incarcération.

Spécialiste du Moyen Orient, Ferran Barber est un grand reporter indépendant qui collabore avec les plus grands médias du pays  El Mundo, El ConfidencialPúblico et de nombreuses autres publications internationales.

Mi-juillet, il s’est rendu au Kurdistan irakien avec une équipe de production pour tourner un documentaire sur les combattants allemands qui soutiennent les forces kurdes contre Daech. Une fois le reportage terminé, le journaliste s’est arrêté quelques jours dans la vallée de Nahla, une zone non contrôlée par les kurdes irakiens, mais par le PKK ( groupe armé originaire du Kurdistan turc). Sur place, iI a noué des contacts parmi les chrétiens assyriens avant de repartir à pied vers la frontière syrienne avec l’intention de trouver un véhicule. Un combattant kurde Peshmerga l’a déposé dans une zone isolée, c’est là qu’il a été capturé par des agents de la sécurité kurde irakienne.

Après un passage au commissariat où il a été contraint de signer des déclarations en arabe qu’il ne maîtrise pas, Ferran Barber a été conduit à la prison d’Erbil.

Dans un entretien exclusif avec RSF, le journaliste -libéré le 4 septembre- a raconté le cauchemar enduré pendant sa détention, la cellule de 60 mètres carré où étaient entassés près de 160 prisonniers, la faim, la soif, la privation de sommeil dans la promiscuité d’un espace insalubre où les prisonniers étaient contraints de rester debout.

“J’ai vu des enfants, des personnes âgées, des malades avec toutes sortes de pathologies, des détenus désespérés qui se cognaient la tête contre les barreaux.  Pas d’avocats, pas de médecins, personne ne savait ce qui l’avait conduit dans cet enfer,” explique Ferran Barber.

RSF Espagne a été en contact permanent avec des représentants du gouvernement régional Kurde et du ministère espagnol des affaires étrangères pendant toute la durée de la détention du journaliste. “Nous espérions sa libération mais plus l’attente durait, plus l’angoisse était grande, explique  Alfonso Armada, président de RSF Espagne. Nous avons gardé le silence pour ne pas nuire aux négociations visant à le faire libérer mais aujourd’hui nous nous devons de témoigner sur les conditions infâmes de sa détention.”

Aujourd’hui et malgré sa faiblesse psychologique et physique (il a perdu 12 kilos pendant sa détention), il n’a qu’un objectif :  témoigner, d’autant que selon lui, de nombreux journalistes sont toujours détenus à la prison d’Erbil.

“Je pense avoir vécu ce cauchemar avant tout parce que que je suis un journaliste indépendant . Or, je vais maintenant utiliser toutes mes ressources pour raconter l’horreur que j’ai traversée,” ajoute-t-il.

L’Irak occupe la 156e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.