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7 décembre 2017

Lettre ouverte au président mauritanien pour demander la libération du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed

Le président Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz
Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, Human Rights Watch et plusieurs organisations de défense des droits de l'homme envoient une lettre ouverte au président Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz pour demander la libération et la mise en sécurité du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed. Ce dernier devrait être libre depuis le 9 novembre.


Monsieur le Président Mohamed Ould Abdel Aziz,


Nous, organisations internationales de défense de la liberté de la presse, vous demandons de veiller à ce que le blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed, également connu sous le nom de Mohamed Cheikh Ould M’kaitir, retrouve sa liberté dans la mesure où il a purgé sa peine. Nous vous engageons également à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de Mohamed après sa libération.


Un tribunal mauritanien a condamné Mohamed à mort en décembre 2014 après des accusations d’apostasie après qu’il a publié un article intitulé « La religion, la religiosité et les forgerons », dans lequel il critiquait le système de castes en Mauritanie. Le tribunal a jugé que l’article était blasphématoire envers le prophète Mahomet, malgré le repentir du blogueur face à la cour, qui a déclaré qu’il n’avait aucune intention d’insulter le prophète.


Une cour d’appel de la ville de Nouadhibou a réduit la condamnation à mort de Mohamed à deux ans de prison le 9 novembre 2017, assortis d’une amende de 60 000 ouguiyas (172$).


Après avoir passé plus de trois ans en prison, Mohamed aurait dû être libéré, mais il reste en détention, selon un communiqué de presse de l’ancien ministre de la Justice Ibrahim Ould Daddah daté du 16 novembre. Les proches du blogueur ont déclaré au CPJ qu’ils n’avaient pas pu lui rendre visite et qu’ils ne savaient pas où il se trouvait.


Depuis l’emprisonnement de Mohamed voici trois ans, des prédicateurs ont demandé sa mort. En outre, le 16 novembre, votre cabinet a approuvé un projet de loi visant à modifier l’article 306 du code pénal afin de punir par la mort « la diffamation envers Dieu, le prophète Mahomet, les Écritures saintes, les anges ou les prophètes ». Avec cette loi, les autorités ne pourront plus au nom du repentir réduire la peine ou abandonner les poursuites comme elles avaient pu le faire précédemment dans le cadre de l’affaire Mohamed.


Dans son communiqué de presse du 16 novembre, Ibrahim Ould Daddah, alors ministre de la Justice, a déclaré que la loi ne s’appliquerait pas de manière rétroactive, mais la détention prolongée de Mohamed nous inquiète au plus haut point.


Au cours d’une interview donnée le 14 avril à Radio France Internationale, Votre Excellence a déclaré qu’elle assurerait la sécurité de Mohamed, comme celle de n’importe quel autre citoyen mauritanien, une fois que la cour aurait ordonné sa libération. Nous vous exhortons à veiller à sa libération rapide et à sa sécurité, indépendamment des pressions politiques.


Nous vous demandons également, Votre Excellence, de réaffirmer votre vision de la Mauritanie telle que vous l’avez décrite au cours de l’interview : un pays où les gens peuvent pratiquer la démocratie et sont libres d’écrire « ce qu’ils veulent ». Abolir des lois qui entravent la liberté de la presse et la liberté d’expression irait dans le sens de cette vision.


Merci d’avance pour l’attention que vous accorderez à cette question urgente.


Respectueusement,

Sherif Mansour

Coordinateur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord

Comité pour la protection des journalistes

Christophe Deloire

Secrétaire Général

Reporters Sans Frontières

Carles Torner

Directeur Exécutif

PEN International

Eric Goldstein

Directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord

Human Rights Watch

Karin Deutsch Karlekar

Directrice des programmes sur la liberté d’expression en danger

PEN America

Maran Turner

Directrice Exécutive

Freedom Now

Stephen Cockburn

Directeur adjoint pour l’Afrique Centrale et l’Afrique de l’Ouest

Amnesty International