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4 mai 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’État de Veracruz compte deux nouveaux journalistes tués, à peine une semaine après l’assassinat de Regina Martínez


A peine une semaine après l’assassinat de la journaliste Regina Martínez et à la date de la Journée internationale de la liberté de la presse, les corps Gabriel Huge ancien photographe du journal Notiver et Guillermo Luna Varela photoreporter de l’agence Veracruznews et spécialiste des faits divers pour trois autres médias locaux ont été découverts dans des sacs plastiques aux abords d’un canal de la localité de Boca del Río, dans l’État de Veracruz. Les victimes étaient portées disparues depuis la veille, après avoir été appelées à couvrir un accident de la route. Deux autres cadavres ont été localisés au même endroit : celui d’Irasema Becerra, compagne de Guillermo Luna Varela et employée des ventes du journal El Dictamen, ainsi que celui d’Estebán Rodríguez, ancien photographe retiré de la profession en 2011 après l’assassinat de la journaliste de Notiver Yolanda Ordaz de la Cruz. Le parquet général de justice de l’État (PGJE) de Veracruz a précisé à Reporters sans frontières que les quatre corps portaient des marques de torture. Martin Lara Reyna, directeur de l’agence Veracruznews a signalé à l’organisation que Guillermo Luna Varela avait dû quitter la région fin 2011 suite à des menaces, avant d’y revenir au début de cette année. “Le ministère fédéral de la Justice (PGR) a fait savoir qu’il apporterait son concours à la PGJE dans l’enquête sur la présente affaire et le dossier Regina Martínez. Nous espérons que cette coopération donnera rapidement des résultats alors que l’État de Veracruz, devenu l’un des dix lieux les plus dangereux du monde pour la profession, compte depuis 2010 sept journalistes tués et deux disparus, sur un total de 83 tués et 14 disparus en une décennie. Au-delà, c’est une réforme en profondeur du système judiciaire que réclame tout un pays miné par la présence des cartels, la collusion de ces derniers avec certaines autorités, et cinq ans d’offensive fédérale dont le bilan s’élève à 50 000 victimes”, a rappelé Reporters sans frontières. ________________ 30.04.2012 - La revue Proceso en deuil de sa correspondante à Veracruz ; l’impunité prendra-t-elle fin ? Correspondante de l’hebdomadaire Proceso dans l’État de Veracruz et journaliste reconnue, Regina Martínez s’ajoute désormais à l’effroyable liste des 80 journalistes tués et 14 disparus en une décennie au Mexique. Un bilan aggravé, en cinq ans, par la calamiteuse offensive fédérale contre le narcotrafic. La victime a été découverte, le 28 avril 2012, étranglée à son domicile de Xalapa, capitale de l’État. L’émotion suscitée par ce crime a donné lieu à diverses mobilisations de journalistes, photographes et défenseurs de la liberté d’expression dans les États de Veracruz, Puebla, Morelos, ainsi que dans le District Fédéral où Reporters sans frontières était représentée. “Rien ne permet à cette heure de préjuger du mobile de cet assassinat. Mais nous n’oublions pas que Regina Martínez avait consacré ses enquêtes les plus récentes aux crimes commis contre d’autres collègues dans l’État de Veracruz, devenu l’un des plus meurtriers de la fédération en 2011. Elle avait également révélé, la veille de sa mort, l’arrestation de neuf policiers suspectés de collusion avec le narcotrafic. A ce titre, la piste professionnelle doit être explorée en priorité. La tendance des autorités à vouloir l’exclure d’emblée pèse gravement sur la résolution de ce type d’affaires. Nous exigeons justice pour Regina Martínez comme pour ses collègues tués ou disparus, alors que le crime prospère dans l’impunité”, a déclaré Reporters sans frontières. La découverte du cadavre de Regina Martínez a fait suite au signalement d’une voisine, surprise de voir la porte de l’appartement ouverte depuis plusieurs heures dans mouvement apparent. La victime, retrouvée dans sa salle de bain, ne présentait pas de signes de violences sexuelles. Un écran plasma de télévision, un ordinateur et deux téléphones portables lui ont été dérobés. Reporters sans frontières fait siennes les inquiétudes manifestées par Julio Scherer García, président de CISA (la société éditrice de Proceso), Rafael Rodríguez Castañeda et Salvador Corro, respectivement directeur et sous-directeur de la revue, au cours d’un réunion tenue avec le gouverneur de Veracruz au lendemain du crime. Nous demandons qu’il soit accédé à leur demande d’intégration du journaliste Jorge Carrasco à la commission spéciale d’investigation chargée du suivi de l’affaire. Regina Martínez gênait certaines autorités locales par ses révélations. Elle nous l’avait elle-même confirmé en 2008, lorsqu’une procédure avait été ouverte contre elle et son collègue Rodrigo Vera, après la publication par Proceso d’une photographie liée à l’assassinat d’une indigène, Ernestina Ascencio. Les deux journalistes avaient été cités à comparaître cette année dans ce dossier, en qualité de témoins. Il manque encore l’approbation de sept États pour que soit définitivement adoptée la fédéralisation des atteintes violentes au droit d’informer, déjà votée au Congrès fédéral. “Cette réforme, bien que tardive, doit prendre effet avec des moyens conséquents pour mettre fin à une insoutenable impunité”, a conclu Reporters sans frontières.