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21 juin 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les violences de l'extrême droite contre la presse, un danger à prendre au sérieux


Lors d'une conférence de presse organisée par le Club de la presse Méditérranée 06, le 21 juin 2002, Reporters sans frontières a exprimé sa solidarité à Jean-Luc Thomas, agressé par des militants d'extrême-droite dans l'exercice de son travail.
 Lors d'une conférence de presse organisée par le Club de la presse Méditérranée 06, le 21 juin 2002, Reporters sans frontières a exprimé sa solidarité à Jean-Luc Thomas, agressé par des militants d'extrême-droite dans l'exercice de son travail. "Au cours de la récente période électorale, des militants du Front national s'en sont pris par quatre fois à des journalistes. Reporters sans frontières dénonce ces violences comme l'expression de la véritable aversion de ce parti pour toute presse qui ose contester ses choix. Le Front national préfère la politique du coup de poing et de l'insulte au débat démocratique. Ainsi, le 26 avril, une équipe de la chaîne de télévision Canal + a été brutalisée par le service d'ordre du Front national lors de la conférence de presse de Jean-Marie Le Pen, au siège du Front national à Saint-Cloud. Le journaliste John-Paul Lepers a été malmené et un technicien assistant, Yacine Ben Jannette, expulsé par la force. Le 1er mai, Gabriel Gueguin, preneur de son de TF1, a été frappé au visage par le service d'ordre du Front national, le DPS (Département protection sécurité), alors qu'il couvrait la manifestation du parti à Paris. Le technicien venait de protester contre le service d'ordre qui avait bousculé violemment son collègue cameraman. Gabriel Gueguin a porté plainte. Le 30 avril, Jean-Luc Thomas, correspondant permanent à Nice de i-télévision et de Canal+, réalisait un reportage sur les préparatifs de la manifestation du 1er mai par des militants du Front national, avec leur autorisation. Il a été insulté, retenu dans les locaux du FN et sommé de livrer ses images par des militants, avant d'être libéré par la police et de porter plainte. Mais le procureur de la République, Eric de Montgolfier, a classé sa plainte sans suite, considérant que "le préjudice causé ne justifient pas la mise en œuvre d'une procédure pénale". Le 12 juin, le journaliste a été à nouveau pris à partie et frappé par des militants d'extrême droite, dont deux membres du FN, pendant qu'il filmait un débat organisé par l'hebdomadaire Marianne au Palais des Congrès Acropolis. Blessé au bras et en arrêt de travail pendant 7 jours, il a porté plainte pour violence en réunion lors d'un meeting. D'après nos informations, une quinzaine d'agressions ou menaces ont été dirigées contre des journalistes entre 1990 et 2000. La fréquence de ces agressions et menaces, émanant notamment du Département protection sécurité (DPS) du Front national, avait donné lieu à la publication d'un rapport de seize pages de Reporters sans frontières, en septembre 1996, le seul à avoir été réalisé sur la France par l'organisation. Un ancien membre du DPS avait révélé, en 1997, qu'un fichier des journalistes suivant les activités du Front National, avec leurs coordonnées personnelles et leurs photos, avait été constitué par ce service. Si la probabilité que de tels incidents se reproduisent ne fait aucun doute, un travail systématique de la Justice pour dissuader ces agissements semble moins sûr, preuve en est du classement sans suite de la plainte de Jean-Luc Thomas. Faut-il attendre que les journalistes soient gravement blessés pour que ces atteintes à la liberté de la presse soient prises au sérieux ? "