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3 février 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les pro-Moubarak lancés dans une campagne de violence systématique contre la presse


Reporters sans frontières se dit effarée par ce qui apparaît comme une véritable chasse aux sorcières contres les médias couvrant les événements en Egypte, et exprime sa très vive inquiétude pour tous les journalistes qui se trouvent en ce moment au Caire, particulièrement à la veille du grand rassemblement prévue vendredi 4 février 2011, dit rassemblement du départ, organisé par les opposants au président Hosni Moubarak. « Vols, violences, arrestations arbitraires, lynchages… La liste des exactions contre les journalistes par les partisans du président Moubarak ne fait que s’allonger d’heure et heure. Elles ont un caractère systématique et concerté, a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières. « Après avoir censuré le Net, qui a été rétabli en début de semaine, le régime a décidé de s’en prendre physiquement aux représentants de la presse en lançant ses partisans dans une campagne de haine et de violence que nous n’avons jamais vue auparavant. Nous sommes au delà de la censure. Il s’agit de vider le Caire de la presse étrangère. » « Nous encourageons toutes les rédactions des médias à renforcer leur coordination pour assurer au mieux la sécurité de leurs correspondants. Nous invitons les chancelleries à mener un effort diplomatique soutenu pour aider dans les meilleures conditions leurs ressortissants, professionnels de la presse, quand ils se trouvent dans des situations difficiles. » « Il semble qu’il n’y ait plus un endroit au Caire où les journalistes soient en sécurité. Plusieurs bureaux de médias ont été également attaqués, continue le secrétaire général de l’organisation. Le sommet du pouvoir égyptien doit être tenu responsable de cette politique d’agressions et nous appelons d’urgence la communauté internationale à réfléchir à une position forte, unanime, et à tirer les conclusions des incidents des derniers jours qui pourraient amener à réfléchir à des sanctions. »

Reporters sans frontières tient le décompte, loin d’être exhaustif, des incidents contre les journalistes et les médias :

Journalistes agressés : 26
Matériel confisqué : 4 cas
Bureaux de médias attaqués : 1
Journalistes dont on reste sans nouvelles : 3
Arrêtés/kidnappés : 19
1 journaliste dans la coma
Depuis le mercredi 2 février : De nombreux journalistes victimes de violences ont refusé de donner leurs noms et de nommer les médias auxquels ils sont affiliés par peur des représailles. Sylvain Castonguay, caméraman pour Radio Canada, a reçu des coups de poing en plein visage alors qu'il couvrait les affrontements entre opposants et partisans du président Hosni Moubarak. Des manifestants l'ont aidé à s'extraire de la foule. L'armée est intervenue pour l'escorter à son hôtel. Mohamed Khayal et le photographe Magdi Ibrahim du quotidien égyptien Al-Shorouk ont été blessés et leur caméra détruite, lorsque un groupe d'hommes décrits comme "des policiers en civil" ont attaqué le siège du journal au Caire. Des officiers de l'armée ont confisqué une carte de presse et une carte de mémoire SC d'un journaliste d'Al-Masry al-Youm dans les rues du Caire. Le journal a évacué son siège après avoir appris l'attaque contre Al-Shourouk. Des personnes en civil ont entouré le bureau de Sawsan Abu Hussein, rédactrice en chef adjoint du magazine égyptien October, après son appel retransmis en direct à une émission de télévision durant lequel elle relatait les violences subies par les manifestants. Serge Dumont, journaliste belge correspondant au Moyen-Orient des quotidiens Le Soir (Belgique), Le Temps (Suisse) et la Voix du Nord (France), interpellé par les services de renseignement de l'armée et accusé d'espionnage a été arrêté pendant près de deux jours. Lire http://fr.rsf.org/egypte-arrestation-violente-du-02-02-2011,39456.html Anderson Cooper et Hala Gorim de CNN, Christiane Amanpour d'ABC News, Jerome Boehm de la BBC, Katie Couric de CBS et Lara Setrakian de Bloomberg ont été agressés par des partisans du président Moubarak. Ahmed Bajano, correspondant d'Al-Arabiya, a été frappé. Son équipe de tournage a été attaquée sur la place Mustafa Mahmoud à Mohandiseen par des individus en civil. Il a subi une commotion cérébrale et a été transporté dans un hôpital voisin. Ahmed Abdullah, également de la chaîne satellite Al-Arabiya, a été détenu par des partisans du président Moubarak. Il a été maltraité puis libéré. Steffen Jensen, journaliste de la chaîne danoise TV2 News, a été attaqué par un groupe d'hommes après qu'il a refusé de leur donner son téléphone portable et son passeport. Ils a été frappé avec des bâtons. Rupert Wingfield-Hayes de la BBC a été attaqué dans sa voiture dans les rues du Caire "par un groupe d'hommes en colère." Il a été transmis à la police secrète qui l'ont menotté et lui ont bandé les yeux. Il a été emmené avec un collègue dans une salle d'interrogatoire. Ils ont été libérés au bout de trois heures. Pierre Barbancey de L'Humanité, Thomas Cantaloube de Mediapart, Vincent Lafargue, photographe indépendant, et Sarah Mabrouk, JRI indépendante, ont été arrêtés par des militants pro-Moubarak alors qu'ils regagnaient leur hôtel. Livrés à l'armée, les journalistes ont été interpellés pendant deux heures dans une caserne proche du centre de la ville avant d'être relâchés. Sahar Talat, correspondante en Égypte pour la rédaction espagnole de RFI, a été encerclée et battue par une foule l'accusant d'être une « espionne » pour Al-Jazeera, avant de pouvoir s'enfuir. Une journaliste travaillant pour la chaîne allemande ZDF et pour le New York Times a été arrêtée le 2 février 2011 en voiture au Caire. Après avoir passé environ vingt heures dans un quartier de haute sécurité, elle a été libérée le 3 février dans l'après-midi. Le photographe Mohammed Omar, de la European Pressphoto Agency (EPA), a été attaqué et blessé à la tête alors qu'il prenait des photos des affrontements entre opposants et partisans du président Hosni Moubarak à la place Tahrir le 2 février. Il a été arrêté par des soldats peu après et relâché le 3 février. Le journalistes néerlandais Harald Doornbos de GPD a été attaqué par des manifestants armés de mâchettes alors qu'il quittait la zone d'affrontements avec son épouse, reporter pour une chaîne de télévision arabe. La foule a arrêté leur taxi et brisé le pare-brise. Trois Egyptiens auraient ensuite négocié sa vie et celle de son épouse. Le correspondant pour l'Europe de la chaîne australienne Channel 9, Peter Stefanovic, a été sorti de force d'un taxi par la police. Lui et son équipe ont été interrogés pendant une courte période dans un centre de commandement de la police, puis relâchés. Le service de sécurité de leur hôtel a confisqué leur deuxième caméra. Un journaliste de Fox TV Turquie, son cameraman égyptien et leur chauffeur ont été enlevés par des hommes avec des couteaux alors qu'ils filmaient les manifestations, avant d'être libérés par la police égyptienne, selon Anatolie, une agence de presse turque. Le journaliste Habel Robert et le photographe Lutz Christian du journal hebdomadaire suisse L'Illustré ont été arrêtés et détenus dans un tank. Trois photographes, souhaitant garder l'anonymat par crainte de représailles, déclarent avoir été suivis par des policiers dans leur hôtel et y avoir été passés à tabac. Un autre journaliste dit avoir reçu des coups de pierre par des policiers en civil. 3 journalistes de France 24 ont été arrêtés puis relâchés. 1 journaliste du Figaro a été arrêté ainsi que trois journalistes de TF1. Trouvez en pièces jointes trois rapports listant les violences contre la presse : - un pour les journalistes détenus - un pour les attaques physiques - un pour les actes de contraintes contre les médias Vert = un journaliste a été détenu ou attaqué et son équipement a été détruit ou confisqué
Jaune = information à vérifier
Orange = journaliste attaqué ou détenu