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22 juin 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les net-citoyens, cibles privilégiées des gardiens de la révolution


Reporters sans frontières (RSF) condamne une nouvelle fois les pressions exercées par les autorités iraniennes contre les journalistes et les net-citoyens. Les gardiens de la révolution continuent leur chasse à l'homme sur les réseaux sociaux. Ces derniers jours, plusieurs internautes ont été arbitrairement convoqués et arrêtés dans différents villes du pays.
Le 8 juin 2015, le porte-parole de la Justice, Golamhossien Mohsseni Ejehi, a annoncé aux médias, l'arrestation de «plusieurs individus pour leurs activités sur les réseaux sociaux considérés comme des “actions contre la sécurité nationale». Les net-citoyens Mahmud Moussavifar et Shayan AkbarPour, animateurs de la page Facebook Rahian et du blog Rahai (actuellement non accessible) sont deux des victimes de la nouvelle vague d’arrestations orchestrée par les gardiens de la révolution. Arrêtés le 31 mai 2015 à leur domicile de Téhéran par des agents en civil, ils sont depuis portés disparus. Leurs familles ne savent pas où ils ont été emmenés et pourquoi ils ont été arrêtés. Deux ans après la présidence de Hassan Rohani Depuis l’accession à la présidentielle du conservateur modéré Hassan Rohani le 14 juin 2013, une centaine de net-citoyens ont été arrêtés, lourdement condamnés et emprisonnés, majoritairement sur les renseignements des gardiens de la révolution. Cet acharnement contre les professionnels des médias n’est que la continuité de la répression commencée au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Au moins 300 des journalistes et des net-citoyens, avaient été victimes de la vague sans précédent d’arrestations arbitraires, de tortures et de lourdes condamnations à la prison ferme. Mais, ce harcèlement constitue également une arme dans la guerre acharnée que se livrent au sommet du pouvoir les différentes factions du régime. Des factions qui maintiennent une pression permanente sur le président Rohani, élu grâce au soutien des progressistes, qui avait promis lors de sa campagne la “libération de tous les prisonniers politiques” et un changement “en faveur de la liberté d’expression et de la presse”. Si plusieurs journalistes et net-citoyens condamnés en 2009 et 2010 par les tribunaux révolutionnaires inéquitables ont été libérés après avoir purgé leurs peines, beaucoup d’autres sont toujours derrière des barreaux, parfois dans des conditions épouvantables. C'est notamment le cas de Said Razavi Faghih, Saraj Mirdamadi, Masoud Bastani,Reza Entesari, Said Madani, Said Matinpour, et Alireza Rajai. Malheureusement, aucun changement relatif au traitement inhumain réservé aux prisonniers d’opinion en Iran, notamment dans les prisons d’Evin et de Raja’i Shahr n’est à noter. A leur sortie de prison, les journalistes, qu’ils soient condamnés ou non officiellement à une « interdiction d'exercer le métier de journaliste», ne peuvent plus travailler. De nombreux directeurs et rédacteurs en chef de publication reçoivent des consignes claires pour ne pas les embaucher. La majorité des journalistes indépendants est visée par le pouvoir qui parvient, d’une manière ou d’une autre, à les empêcher de travailler. Récemment deux journalistes ont été licenciées d'un organe de presse par un des proches du président Hassan Rohani, tout simplement parce qu’elles avaient été emprisonnées. Les net-citoyens, des cibles faciles D’après les chiffres officiels, avec plus de 40 millions d’internautes, ’Iran est l’un des pays les plus connectés de la région. Or, depuis l’arrivé au pouvoir de Hassan Rohani, le niveau de contrôle du réseau Internet suscite de vifs débats au sommet du pouvoir. On constate en apparence un certain assouplissement en matière de surveillance et de controle d’Internet par rapport à l’époque d’Ahmadinejad. Mais, les gardiens de la révolution voient ce dévelopment d’un mauvais oeil malgré les intérets économiques dont ils bénéficient (En Iran, les Gardiens de la révolution contrôlent le principal fournisseur d’accès par l’intermédiaire de la société “Telecommunication Company of Iran” (TCI), et les trois opérateurs mobiles les plus importants dépendent du gouvernement). Ce qui explique leur acharnement contre les net-citoyens. Les collaborateurs du site Narenji (“Orange”, en Farsi) ont été parmi les premières victimes de l’acharnement des gardiens de la révolution. Arrêtés le 3 décembre 2013, Ali Asghar Honarmand, Abass Vahedi, Ehsan Paknejad, Hossien Nozari, avaient été condamnés à des peines allant de deux à onze ans de prison ferme pour avoir collaboré avec des médias ennemis. Six autres activistes ont été libérés provisoirement et sous conditions. Pendant des mois, ces net-citoyens ont été gardés à l’isolement afin de leur extorquer des aveux. Obtenus sous la pression, ces “actes d’autoaccusation” ont été ensuite utilisés comme preuves contre eux dans les tribunaux. Plusieurs net-citoyens binationaux ont été condamnés à de lourdes peines, notamment pour leurs activités sur les réseaux sociaux, parmi lesquels Facebook. C’est le cas de Roya Saberi Negad Nobakht, Irano-Britannique condamnée à 20 ans de prison, le 27 mai 2014, par la 28e chambre du tribunal de la révolution de Téhéran, avant de voir sa peine réduite à cinq ans début avril. Farideh Shahgholi, Germano-Iranienne, purge quant à elle une peine de trois ans de prison ferme. Roya Saberi Negad Nobakht avait été arrêtée avec d’autres net-citoyens parmi lesquels Amir Gholestani, Masoud Ghasemkhani, Fariborz Kardarfar à Seyyed Masoud Seyyed Talebi , Amin (Faride) Akramipour, Mehdi Reyshahri et Naghmeh Shahi Savandi Shirazi, en septembre 2013 par les gardiens de la révolution. Maintenus à l’isolement dans la section 2A de la prison d’Evin, ils ont subi de fortes pressions. Tous ont été condamnés à de lourdes peines de prison ferme de un à huit ans de prison ferme. Témoignage accablant Libérée provisoirement, Naghmeh Shahi Savandi Shirazi a dû quitter le pays après des menaces. Son témoignage sur l'enfer de la section 2A et la pression qu'elle a subie par les interrogateurs est encore une fois, une preuve solide des mauvaises traitements systématiques infligés par les autorités judiciaires et sécuritaires aux prisonnières en Iran. Agée de 31 ans, Naghmeh Shahi Savandi Shirazi a été arrêtée en janvier 2013, dans la ville de Kerman (sud-est du pays) par les gardiens de la révolution, puis transférée à la section 2A de la prison d'Evin. “Dés mon arrivée, le cauchemar a commencé. Enfermée dans une cellule toute petite, j'ai entendu les cris d'un prisonnier, en plein interrogatoire, a déclaré la jeune femme à RSF. Pendant les deux premières semaines, je tremblais tout le temps, je n’arrivais pas à garder le stylo dans ma main (...) Ils savaient tout de mes tchats, de mes mails.Toutes mes correspondances ont été interceptées. Plusieurs de mes amis avaient été arrêtés quelques mois avant moi et j'ai compris alors que pendant ce temps, j’avais été étroitement surveillée. Les interrogateurs nous ont demandé qu’on écrive les uns sur les autres. Ils ne sont pas contentés d’aveux sur les délits dont on était accusé mais ils voulaient tout savoir de nos relations personnelles, savoir si nous avions eu des relations immorales. Pendant les interrogatoires, ils faisaient des blagues sexistes pour nous intimider. Une fois, ils m’ont même menacée de viol et ont simulé le passage à l’acte. (...) Enfin à l’ouverture du procès et devant Mohammad Moghiseh, président de la 28e chambre du tribunal de la révolution de Téhéran, tous ces aveux ont été utilisé pour nous inculper. (….) Après ma libération provisoire en attendant le jugement du tribunal d'appel, mon mari avec qui les relations n’étaient pas simples, n’a plus voulu que l’on continue notre vie ensemble, se mettant à douter de ce qui s’était passé en prison. Je suis donc partie chez moi à Kerman, mais les appels insultants et méprisants ont continué, les interrogateurs m’appelaient régulièrement pour me menacer et ou me convoquer à Téhéran pour réinterrogation( ...). Sous la pression, j'ai finalement décidé de quitter mon pays.” L’Iran est classé 173e sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.