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11 mai 2020

Les journalistes turcs victimes d’une politique d’opacité sur l’épidémie de coronavirus

Pour éliminer le virus, les échoppes du Grand bazar d'Istanbul sont désinfectées, le 25 mars 2020 (photo : Umit BEKTAS / Reuters).
Depuis l’annonce de la présence du coronavirus en Turquie, les arrestations de journalistes travaillant sur ce sujet se multiplient, et les autorités ont encore renforcé leur mainmise sur l’information.

Alors que les informations officielles sur l’épidémie de Covid-19 s’avèrent très parcellaires, et que seul le ministère de la Santé fournit des statistiques sur la propagation de la maladie, plusieurs journalistes locaux ont été interpellés et font l’objet de poursuites judiciaires pour avoir publié des informations sur des cas de contamination dans leur région. 


Dans la province de Bartin (nord du pays), deux journalistes, Mustafa Ahmet Oktay, propriétaire du journal Pusula (Boussole) et son rédacteur-en-chef chef Eren Sarıkaya, ont été arrêtés le 18 mars dernier, après avoir révélé qu’un médecin avait été testé positif au coronavirus. La justice leur reproche d’avoir « semé la panique et la peur », un chef d’accusation prévu par l’article 213 du code pénal, et de ne pas avoir attendu les déclarations officielles, condition imposée par les autorités locales avant toute publication dans ce domaine. Les journalistes risquent de deux à quatre ans de prison.


Des interpellations en pleine nuit


Dès le 13 mars, dans la province d’Antalya (sud du pays), le directeur du site Haberimizvar.net (L’info pour vous), Idris Özyol et son collaborateur Ebru Küçükaydin ont été interpellés en pleine nuit et présentés au parquet d’Antalya, en raison d’un article intitulé « Un cas de coronavirus à Demre ». Depuis, l’article a été supprimé du site.


Après la publication d’un article intitulé « Deux décès à l’hôpital de Derince liés au coronavirus », le journaliste Ismet Çiğit, directeur de l’information du site Kocaeli Ses (Les Voix de Kocaeli), a été arrêté chez lui à Kocaeli, près d’Istanbul, dans la nuit du 21 mars. Son rédacteur-en-chef, Güngör Arslan, a lui aussi passé la nuit au commissariat. Deux jours auparavant, le rédacteur en chef du journal Kocaeli, Mesut Akbulut, avait déjà été interpellé pour avoir évoqué un autre cas de coronavirus dans la ville.


Le 26 mars, le journaliste Tugay Can, reporter du site Iz Gazete a été convoqué par la section cybercriminelle de la direction de la sécurité d’Izmir (ouest du pays), pour avoir révélé deux nouveaux cas de Covid-19 parmi le personnel soignant de la ville.


Dans la province de Van (est du pays), les journalistes Oktay Candemir et Rusen Takva ont été convoqués par la police pour avoir simplement partagé sur les réseaux sociaux des informations sur le Covid-19.


“La presse locale turque est une des premières victimes collatérales du coronavirus, déplore le représentant de RSF en Turquie, Erol Onderoglu. Alors que les médias critiques étaient déjà sous la pression des autorités, les journalistes locaux, premiers témoins de la crise sanitaire sur le terrain sont à leur tour fragilisés, à un moment où le droit à l’information est pourtant crucial pour la population.“


La Turquie occupe la 154e place sur 180 au Classement 2020 de la liberté de la presse, établi par RSF.