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7 juin 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les blogueurs iraniens victimes d’une justice partiale


Reporters sans frontières a appris avec soulagement l’annulation par la Cour suprême iranienne de la condamnation à la peine de mort de Saeed Malekpour. Il reste malgré tout emprisonné. Ce concepteur de sites internet de 35 ans, résident permanent au Canada, avait été condamné à mort en novembre 2010 pour création de sites « pornographiques » et « insulte aux principes sacrés de l’islam ». Avant d’être arrêté en 2008 alors qu’il rendait visite à sa famille en Iran, Saeed Malekpour avait créé un programme de téléchargement de photos. Il avait déclaré que ce programme avait ensuite été utilisé pour diffuser des images pornographiques sans qu’il en soit informé. Mis au secret pendant plus d’un an à la prison d’Evin, il aurait été torturé. Maître Mahmoud Alizadeh Tabatabi, son avocat, a déclaré, le 5 juin 2011, que la Cour suprême avait accepté la requête de la défense concernant la condamnation de son client. Préparée par un avocat spécialisé dans le droit des nouvelles technologies, la demande mettait l’accent sur la distinction entre conception et utilisation de logiciel. Le 30 janvier 2011, Abbas Ja’fari Dowlatabadi, procureur du tribunal de Téhéran, avait annoncé que les condamnations à mort prononcées à l’encontre de deux « administrateurs de sites immoraux » étaient réexaminées par la Cour suprême. Les défenseurs des droits de l’homme en Iran étaient convaincus que le procureur faisait référence à Saeed Malekpour et Vahid Asghari, un autre net-citoyen condamné à la peine capitale Vahid Asghari, étudiant en technologies de l’information, âgé de 25 ans, était inscrit à l’université en Inde. Il est incarcéré depuis 2008 et aurait subi des actes de torture. Son procès aurait eu lieu à la fin de l’année 2010, mais le verdict n’a jamais été rendu public. Depuis, aucune nouvelle sur sa situation n’est parvenue à Reporters sans frontières.   Plusieurs informaticiens et blogueurs comme Saeed Malekpour ont été condamnés par les juges des tribunaux de la Révolution, qui comprennent mal les particularités du secteur des nouvelles technologies. D’autres ont été jugés par Mohammad Moghisieh, président de la 28ème chambre du tribunal de la Révolution de Téhéran. Criminel impliqué dans les massacres de prisonniers en 1988 sous le nom de Naserian, Mohammad Moghisieh est l’un des juges qui ont sévèrement poursuivi contestataires, journalistes et blogueurs depuis deux ans. D’autres ont vu leur cas jugé par Abolghasem Salevati, président de la 15ème chambre du tribunal de la Révolution. Reporters sans frontières demande l’annulation de toutes les condamnations prononcées, en violation du droit à un procès équitable, et la libération immédiate de ces blogueurs. Par ailleurs, Reporters sans frontières exprime son inquiétude sur la situation de Sakhi Righi, administrateur du blog balochistan-s. Arrêté le 18 juin 2009 à Zahedan, sa ville natale, il a été condamné à 20 ans de prison ferme, pour « publication des fausses informations » et « action contre la sécurité nationale ». Il s’agit de la plus lourde peine de prison prononcée contre un blogueur en Iran. Sakhi Righi est détenu dans des conditions scandaleuses à la prison de Karon, dans la ville d’Ahvaz (sud de l’Iran). Ses aveux, retenus contre lui, ont été extorqués sous la torture. Son seul tort est de porter le même nom de famille que celui d’Abdolmalek Righi, chef du groupe d’opposition armé iranien, Joundallah. Ce dernier a été pendu le 20 juin 2010, exécution qui n’a pourtant pas mené à la libération de Sakhi Righi. L’Iran fait partie de la liste des pays « Ennemis d’Internet », publiée le 12 mars 2011 par Reporters sans frontières.