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7 avril 2020 - Mis à jour le 8 avril 2020

"Les autorités somaliennes ne peuvent revendiquer le monopole des informations liées au coronavirus", déclarent RSF et NUSOJ

Un ambulancier portant des équipements de protection marche près de l'unité d'isolement des patients atteints du COVID-19 à l'hôpital Martini, à Mogadiscio, le 29 mars 2020. Abdirazak Hussein FARAH / AFP
Reporters sans frontières (RSF) et l'Union nationale des journalistes somaliens (NUSOJ) appellent les autorités somaliennes, y compris les états fédérés et le Somaliland, à ne pas revendiquer le monopole des informations sur le traitement de la crise sanitaire en cours et à veiller à ce que les journalistes puissent remplir leur mission essentielle d'information de manière libre et indépendante.

L’accès aux informations liées au coronavirus est de plus en plus difficile et étroitement contrôlé en Somalie. Dès le 3 mars dernier, le ministère de la Santé et des Ressources humaines du gouvernement fédéral avait donné le ton en convoquant des journalistes pour définir ce qu'il fallait faire et ne pas faire pendant cette crise sanitaire. Le ministre leur a clairement indiqué que les informations relatives au Covid-19 ne pouvaient être recueillies qu'auprès du ministre délégué et du porte-parole du groupe de travail sur le coronavirus. Les journalistes peinent pourtant à obtenir ces informations officielles. Tandis que d'autres sources, pourtant crédibles, ont été invitées à ne plus parler aux journalistes, ont par ailleurs appris le NUSOJ et RSF. Cette situation freine la production et la diffusion d’informations importantes et d’intérêt général, d’autant que la plupart des journalistes sont contraints d'utiliser des vidéos et des déclarations pré enregistrées et préparées par le ministère fédéral de la Santé. 


Des mesures similaires ont été prises à Hargeisa, au Somaliland, lorsque le vice-président de cet Etat autoproclamé de la Corne de l’Afrique, Abdirahman Abdillahi Sayli’I, a ordonné aux journalistes le 30 mars dernier de ne publier aucune information «négative» liée au virus et de relayer «uniquement les messages du gouvernement ». 


À Garowe, le groupe de travail sur le coronavirus de la région semi-autonome du Puntland, nouvellement nommé, a pour sa part prévenu les représentants des médias qu’il était la seule source autorisée pour obtenir des informations relatives à l’épidémie de Covid-19. 


Dans leur appel, RSF et NUSOJ demandent au Premier ministre de la Somalie Hassan Ali Khayre de veiller à ce que les autorités somaliennes facilitent l'accès sans entrave aux informations concernant la pandémie de coronavirus. D’autant que les restrictions décrétées s’accompagnent de mesures agressives sur le terrain. Alors que le journaliste de SomaliCable TV, Abdullahi Farah Nur,  recueillait  le 19 mars dernier des témoignages sur la crise sanitaire à Mogadiscio, il a été contraint par les forces de sécurité de mettre fin à son tournage et de quitter les lieux après avoir été accusé de “répandre la peur dans la communauté”.

 

Les journalistes sont en première ligne et mettent leur vie en danger afin de mener leur mission essentielle d'information sur la pandémie de coronavirus et ses dangers pour le public, déclare le secrétaire général du NUSOJ, Omar Faruk Osman. En période de crise, la confiance et la crédibilité sont les atouts les plus précieux du gouvernement. Alors que les Somaliens sont invités à faire des sacrifices croissants dans leur vie quotidienne pour le plus grand bien de la santé publique, l’action et la réponse publique nécessite un engagement renouvelé pour la libre circulation des informations et à la transparence dans la lutte contre la pandémie”.


Même si les autorités restent des sources d’information essentielles sur lesquelles les journalistes sont invités à s’appuyer pour couvrir l’épidémie, elles ne peuvent revendiquer le monopole de l’information sur aucun sujet, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Les journalistes devraient avoir un accès illimité aux informations officielles tout en étant libres de consulter d'autres sources d'information qu'ils jugent crédibles. Si la censure peut tuer, la production indépendante d'informations par des professionnels constitue au contraire un atout considérable pour lutter efficacement contre ce fléau”.

 

La Somalie est classée 164e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF.