Actualités

23 février 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

Les atteintes contre la liberté de la presse continuent en Ouganda


Reporters sans frontières (RSF) condamne l’agression d’Isaac Kasamani, photoreporter freelance pour l’AFP, victime de jets de gaz lacrymogène le 22 février alors qu’il couvrait l’arrestation du Dr. Kizza Besigye, candidat de l’opposition défait lors de la présidentielle ougandaise.

Alors que les autorités procédaient à l’arrestation de l’opposant Kizza Besigye le 22 février à son domicile de Kasangati (banlieue de Kampala), des membres de la police ougandaise ont empêché les journalistes de couvrir cette opération en leur barrant le passage et en pulvérisant du gaz lacrymogène dans leur direction. Isaac Kasamani, photoreporter freelance pour l’Agence France Presse, a reçu des jets dans les yeux et n’a recouvré la vue qu’après plusieurs heures.

“J’avais pris position pour photographier Besigye transféré de sa voiture au van de police quand un homme en civil, obéissant aux ordres du commandant de police James Kawalya, a vaporisé du gaz lacrymogène directement dans mes yeux. Je n’ai pu prendre aucune photo”,
a-t-il déclaré à RSF.

Les élections du 20 février ont reconduit à la présidence du pays Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 30 ans déjà, mais l’opposition a qualifié le processus électoral de “parodie d’élections”, ce qui a valu à Besigye d’être à nouveau arrêté. Le principal opposant à Museveni, assigné à résidence chez lui pendant les élections, a rejeté les résultats dès leur annonce et a dénoncé les retards des bureaux de vote, le blocage des réseaux sociaux, les arrestations de ses partisans ainsi que l’absence d’indépendance de la Commission électorale. Ces critiques ont été appuyées par la communauté internationale dont les observateurs ont constaté un “manque de transparence et d’indépendance” de la Commission électorale, des “irrégularités” lors du vote et une “atmosphère d’intimidation” imposée par le régime.

“Après ces élections contestées, les journalistes continuent de faire les frais de la violence politique qui sévit dans le pays,
déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. L’agression d’Isaac Kasamani et le blocage de l’accès à l’information exercé par la police sont inacceptables. Nous demandons aux autorités de cesser immédiatement de harceler les journalistes et de les laisser faire leur travail”.

La période pré-électorale avait été ponctuée par de multiples exactions commises contre les journalistes, empêchés au quotidien de couvrir la campagne des candidats.

L’Ouganda occupe encore la 97ème sur 180 pays au Classement sur la liberté de la presse établi par RSF en 2015. Compte tenus de la gravité et du nombre d’atteintes à la liberté de l’information enregistrées pendant la campagne et les élections, il est peu probable que le pays se maintienne à ce rang en 2016.