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2 août 2016

Le rédacteur-en-chef d’Azamn emprisonné pour un article dénonçant des pressions sur la justice

©Azamn
Reporters sans frontières dénonce la détention de Ibrahim Al-Maamari, rédacteur en chef du quotidien omanais Azamn le jeudi 28 juillet 2016, à la suite d’un article remettant en cause l’indépendance de la justice.

Ibrahim Al-Maamari, rédacteur-en-chef du journal omanais Azamn, a été placé en détention par la police à Mascate à la suite d’un article datant du 26 juillet 2016 révélant une intervention de hauts responsables de l’Etat dans une procédure judiciaire, afin de faire modifier un jugement de 2015 dans une grosse affaire d’héritage et d’avantager certaines personnalités influentes.


“Reporters sans frontières condamne l’arrestation et la détention du journaliste Ibrahim Al-Maamari, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. En punissant ainsi le journaliste et le gardant en détention, le sultanat d’Oman envoie un message négatif concernant la liberté de la presse et témoigne d’une intolérance aux critiques envers le système politique et judiciaire. RSF demande l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale et la libération immédiate du journaliste.”


Selon un responsable du parquet, le journaliste a été arrêté à la suite de cet article considéré comme un “crime public”, qui jette un doute sur l’indépendance de la justice, sa transparence et celle de certains responsables politiques. Le parquet dit également avoir reçu nombre de plaintes par la suite, ce qui aurait déclenché l’action judiciaire contre le journaliste en vertu de l’article 4 du code de procédure criminelle. Il y aurait d’autres “suspects” non identifiés encore dans cette affaire.


Le parquet nie la véracité des propos de cet article et souligne le fait qu’il n’y a toujours pas eu de décision définitive dans ce procès pour héritage de 2015. Le journaliste est ainsi accusé d’avoir violé les articles 25 et 29 du code de la presse en publiant des informations fausses selon le parquet, risquant ainsi jusqu’à deux ans de prison en plus d’une amende. Il est également accusé de porter atteinte au prestige de l’Etat (article 135 du Code pénal) en plus de publier des informations troublant l’ordre public (article 19 de la loi anti-cybercrimes).


Alors qu’Azamn voulait publier sa une du lundi 1er août sur le sujet, le ministère de l’information ne l’a pas autorisé. Du coup, le journal s’est résolu à imprimer ce numéro avec la moitié de la une en blanc en signe de protestation.. Il a également réagi dans un éditorial en partageant les messages de solidarité d’intellectuels. Selon une source proche du journal contactée par RSF, le journaliste n’a toujours pas pu recevoir de visites ni pu échanger avec son employeur.


Ce n’est pas la première fois que le journal ainsi que son rédacteur en chef sont dans le collimateur des autorités. Ibrahim Al-Maamari avait déjà été arrêté et condamné à cinq mois de prison en première instance en septembre 2011, et le journal interdit de parution pendant un mois, à la suite d’un article de mai 2011 jugé insultant pour le ministre de la justice et un de ses adjoints. Ce jugement avait été annulé lorsque le journal avait publié des excuses, malgré le maintien de la décision en appel en janvier 2012.


Le journaliste Almoatasem Al-Bahlani, rédacteur en chef du magazine en ligne Al-Falq, a lui été libéré le 28 juillet après deux jours en détention, en raison de ses propos sur les réseaux sociaux (Twitter), selon l’Observatoire omanais pour les droits humains. Les motifs officiels de son arrestation n’avaient pas été rendus publics.


Le sultanat d’Oman figure à la 125e place (sur 180) du Classement mondial de la liberté de la presse publié en 2016 par RSF.