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10 décembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le Prix 2010 de la liberté de la presse décerné à Radio Shabelle


Reporters sans frontières, en partenariat avec la Fnac, est heureuse de décerner son prix 2010 de la liberté de la presse à deux symboles de courage, le journaliste iranien Abdolreza Tajik et le média somalien, Radio Shabelle. "Nous honorons cette année un journaliste courageux, Abdolreza Tajik, et un média meurtri, Radio Shabelle. Ces lauréats travaillent dans deux pays, l'Iran et la Somalie, où informer est un combat", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières. Jean-Christophe Rufin, écrivain, ex-ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie, est venu remettre le prix du média de l’année à Radio Shabelle. Il a salué le travail des correspondants locaux de Reporters sans frontières et plus largement celui des journalistes, sur le terrain, dans des zones difficiles. Ali Abdi, directeur des relations internationales du Shabelle Media Network, a déclaré avec émotion : "C'est un immense honneur de recevoir ce prix. Il récompense notre travail mais également le courage de tous les journalistes somaliens et de la société civile somalienne. Dans notre pays où règne le chaos et où les milices islamistes armées veulent nous faire taire, notre travail d'information ne se fait pas sans risques. En trois ans, cinq de nos journalistes ont été tués, dont deux directeurs, et près d'une centaine ont dû fuir le pays pour des questions de sécurité. Mais nous ne nous laisserons pas intimider. Nous sommes déterminés à continuer notre combat pour l'information indépendante et le respect des droits de l'homme". Radio Shabelle a été récompensée dans la catégorie "Média de l’année". Station privée la plus réputée de Somalie, Radio Shabelle est aussi la plus exposée. Victime de pressions permanentes de la part des milices islamistes radicales qui affrontent le gouvernement de transition, mais touchée aussi parfois par les balles des soldats progouvernementaux lors des nombreux combats, la radio s'efforce de survivre dans le chaos. En 2009, quatre de ses journalistes ont été tués, dont le directeur, Mukhtar Mohamed Hirabe, abattu de quatre balles dans la tête, à Mogadiscio, alors qu'il se rendait au travail. A l'été 2010, la radio a été contrainte de cesser la diffusion du talk-show "Tartan Aqooneedka Shabelle", en raison de menaces.
Cette année, près d'une dizaine de radios somaliennes sont passées sous le contrôle des combattants islamistes qui les utilisent désormais pour diffuser leur propagande politique et religieuse. Mais Radio Shabelle a pour l'instant échappé à ce sort. La radio résiste. Considérée par les milices islamistes Al-Shabaab et Hizb-Al-Islam comme servant les intérêts des "Croisés" parce qu’elle couvre l’actualité somalienne de façon indépendante et refuse de leur servir de porte-voix, Radio Shabelle est la cible numéro un de ces taliban africains, prêts à tout pour faire taire les journalistes. ---- Animée par la journaliste Elizabeth Tchoungui, la 19e cérémonie du prix de la liberté de la presse s’est tenue au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE), à Paris, le jeudi 9 décembre 2010.
"Ce prix intervient alors que la presse vit des moments difficiles, a déclaré Dominique Gerbaud, président de Reporters sans frontières, en ouvrant la cérémonie. C’est le cas en France. C’est le cas également en Côte d’Ivoire où la population est actuellement privée des chaînes étrangères d’information." Décrivant le travail de Reporters sans frontières au jour le jour, il a mis l’accent sur les interventions de l’organisation concernant des incidents récents en Grèce, en Tunisie, en Afghanistan et au Vénézuela notamment.
"La liberté d'informer et le droit des citoyens à être informés sont plus que jamais menacés. Protéger et promouvoir la liberté de la presse, comme défendre celle des femmes, contribue à faire avancer les libertés de toute une société", a, de son côté, tenu à rappeler Gisèle Halimi, avocate, ancienne ambassadrice de France à l’UNESCO, ancienne députée à l’Assemblée nationale, invitée à remettre le prix du journaliste de l’année.
Incarcéré pour la troisième fois le 12 juin 2010, Abdolreza Tajik est toujours en prison. Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix et présidente du Cercle des défenseurs des droits de l’homme, est venue recevoir le prix en son nom. "Je regrette qu'Abdolreza ne soit pas là en personne pour recevoir ce prix. Son seul crime est celui d'écrire, et d'écrire la vérité. Pour cela, il est détenu à l'isolement, dans la prison d'Evin, sans que son avocat ne puisse le voir ni avoir accès à son dossier. Abdolreza est un symbole de résistance en Iran et il n'est pas le seul. J'espère qu'il sera ici l'année prochaine pour faire votre connaissance", a déclaré Shirin Ebadi en remerciant tous ceux qui soutiennent la liberté d'expression en Iran.
L'Iranien Abdolreza Tajik a été consacré "Journaliste de l'année 2010" pour la qualité de son travail et son engagement pour la défense de la liberté de la presse en Iran. Journaliste et membre du Cercle des défenseurs des droits de l’homme, ce fervent militant de la liberté d’expression a travaillé comme responsable des pages politiques dans la plupart des journaux suspendus par les autorités, tels que Fateh (suspendu en 2000), Bahar (suspendu en 2001), Bonyan (suspendu en 2002), Hambastegi (suspendu en 2003) et Shargh (suspendu en 2008). Dans ses articles, il dénonçait les atteintes à la liberté d’expression et les arrestations arbitraires de journalistes.
Depuis 1992, le prix Reporters sans frontières honore le travail d'un journaliste et d'un média, ayant contribué de manière notable à la défense ou à la promotion de la liberté de la presse dans n'importe quelle région du monde. Il est décerné par un jury international composé de professionnels des médias et de défenseurs des droits de l'homme.
La Fnac est partenaire du prix de la liberté de la presse. "La Fnac s’imagine et se pose comme un véritable acteur, un média à part entière et entend jouer un rôle dans la société aux côtés d’ONG comme Reporters sans frontières, précise Isabelle Saviane, membre du Comité Exécutif de la Fnac. L’engagement de la Fnac fait intégralement  partie de son ADN et donc de son modèle économique. Nous allons d’ailleurs en 2011 proposer à Reporters sans frontières de nouvelles actions communes."