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23 août 2018

Le Mozambique sur le point de détenir le record du reportage le plus cher d’Afrique

Le président du Mozambique Filipe Nyusi lors du 11ème congrès du Frelimo, le parti au pouvoir, le 11 octobre 2017. MAURO VOMBE / AFP
Un nouveau décret prévoit d’augmenter drastiquement le coût des licences pour les médias et des frais d’accréditation pour les journalistes au Mozambique. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des pressions économiques sans précédent qui pourraient considérablement réduire la couverture médiatique dans ce pays.

Sept mille deux cents euros pour un journaliste étranger souhaitant s’installer dans le pays, 2200 euros pour une mission ponctuelle de reportages et 450 euros pour un journaliste mozambicain travaillant pour un média étranger, soit plus de sept fois le salaire minimum local... Voilà ce que pourrait bientôt coûter un reportage, selon un décret qui devait entrer en vigueur mercredi 22 août et qui prévoit d’instaurer de nouveaux frais d’accréditation pour les journalistes.


Le texte prévoit également une augmentation du prix des licences des radios et des télévisions. Elles coûteront de 11 500 à 43 300 euros selon le type de média et l’étendue de sa diffusion.


“Si ce décret est appliqué tel qu’il a été adopté, le Mozambique pourrait détenir le record du reportage le plus cher d’Afrique, prévient Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. La plupart des journalistes étrangers seront contraints de quitter le pays faute de pouvoir payer leur accréditation et de nombreux médias indépendants devront mettre la clé sous la porte. Ces pressions économiques, inédites dans le pays, constituent une grave atteinte à la liberté de la presse et à l’accès à l’information pourtant garantis par la constitution.”


Le gouvernement a dans un premier temps justifié ce décret par la nécessité de réguler le marché des médias et de les “faire contribuer aux finances publiques.” Face au tollé provoqué par cette mesure, qui devait entrer en vigueur quelques semaines avant la tenue d’élections locales cruciales, les autorités ont finalement annoncé que le texte ne serait pas appliqué avant les conclusions d’une commission composée de représentants des médias. Elle sera chargée de faire des propositions sur le niveau des montants exigés.


Dans la région, aucun des voisins du Mozambique n’exige de tels frais d'accréditation aux journalistes étrangers. L’Afrique du sud et Madagascar ne demandent aucune taxe. En Zambie, il en coûte 2,50 euros à un journaliste de s’accréditer et 87 euros au Malawi. Au Zimbabwe, ces frais varient de 87 à 600 euros et ils peuvent s’élever jusqu’à 1300 euros pour une équipe de tournage en Tanzanie.


Les élections générales doivent se tenir dans près d’un an au Mozambique dans un contexte d’attaques de plus en plus violentes menées par “Al-Chabab”, un groupe d’insurgés islamistes présent dans le nord du pays.


Le Mozambique (99è) avait perdu 6 places, soit l’un des plus forts reculs sur le continent africain, dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.