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7 octobre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le meurtre de deux journalistes d’Al-Sharqiya TV, révélateur du climat d’insécurité permanent


Reporters sans frontières condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat, le 5 octobre 2013, du correspondant de la chaîne Al-Sharqiya TV Mohamed Karim Al-Badrani et de son cameraman Mohamed Al-Ghanem, à Mossoul (400 km au nord de Bagdad), dans la province de Ninawa. Les deux journalistes de la chaîne privée irakienne Al-Sharqiya TV étaient en train de réaliser un reportage sur la préparation de l’Aïd al-Adha au marché d’Al-Sarjakhaneh, dans le centre-ville de Mossoul, lorsque des hommes armés ont ouvert le feu dans leur direction, et les ont mortellement touchés à la tête. Selon l’un des correspondants de la chaîne, ses deux collègues avaient reçu de nombreuses menaces de mort provenant de groupes armés suite à leurs reportages sur les forces de l’ordre de Mossoul, mais ne les avaient pas prises au sérieux. “Nous adressons nos plus sincères condoléances aux familles de ces deux journalistes ainsi qu’à leurs confrères. Nous demandons aux autorités l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les circonstances exactes de ce double assassinat et de traduire les auteurs et commanditaires devant la justice. Cet acte odieux ne doit pas rester impuni”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Ce double assassinat est révélateur de la dégradation de la situation sécuritaire dans laquelle exercent les professionnels de l’information, de plus en plus souvent pris pour cibles en raison de leur activité professionnelle. Il appartient aux autorités irakiennes de leur permettre d’exercer leurs fonctions sans avoir à craindre pour leur sécurité,” a ajouté l’organisation. Le 18 septembre 2013, Hassan Al-Shamari, correspondant pour Al-Mada Press, a été victime d’une tentative d’enlèvement par la garde personnelle du gouverneur de Diyala, Omar Al-Hamiri. Le journaliste participait à une conférence de presse au cours de laquelle le gouverneur a agressé verbalement le correspondant de la chaîne locale Al-hurra Iraq, Hadi Al-Anbaki. L’altercation ayant été filmée par Hassan Al-Shamari, les hommes de la garde personnelle du gouverneur s’en sont pris au journaliste à l’issue de la conférence de presse. Il l’ont violemment sorti de sa voiture et l’ont frappé à plusieurs reprises. Ils ont ensuite tenté de l’introduire de force dans leur véhicule, avant que les forces de police n’interviennent. Les agresseurs ont réussi à prendre la fuite. Cette agression s’est produite le lendemain d’un discours du Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki, reprochant à certaines chaînes de se concentrer sur les aspects négatifs de l’actualité et de s’acharner contre les hommes politiques, et les accusant d’adopter un discours confessionnel. Le 13 septembre 2013, le directeur de la police de Bagdad, Ali Abdel-Amir, a ordonné la fermeture des bureaux de la chaîne locale Al-Baghdadia TV, pour la troisième fois cette année. L’ensemble du matériel de la chaîne de la chaîne a été confisqué. Cette fermeture fait suite à une décision de la Commission des communications et des médias (CMC), qui reproche à Al-Bahgdadia TV son manque de “professionnalisme dans le discours médiatique”. La CMC a refusé de renouveler l’accréditation de la chaîne, la rendant ainsi illégale. Le syndicat des journalistes irakiens a dénoncé cette nouvelle interférence de la Commission et l’absence de décision juridique ordonnant la fermeture de la chaîne. Créée en 2003, la Commission était destinée à devenir un organisme régulateur non-lucratif et pleinement indépendant. Elle a par la suite été vivement critiquée pour son manque d’indépendance, et ses décisions qui portent atteinte à la liberté de la presse. Le 6 octobre 2013, dans le cadre de la décision de la CMC de fermer tous les bureaux d’Al-Baghdadia TV, les forces de police de Dhi Qar ont arrêté l’équipe de la chaîne à Nasiriyah. Le directeur de la branche locale de la chaîne, Riad Al-Ismaili a été libéré le lendemain sous caution tandis que les photographes Maher Al-Saeeh et Shamm Riadh sont toujours détenus.