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3 mai 2016 - Mis à jour le 19 mai 2016

Le message de la journaliste iranienne Narges Mohammadi lors de la soirée des "Combats du journalisme"

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a décoré quatre journalistes de la médaille de la Ville de Paris, dont la journaliste iranienne Narges Mohammadi. Cette dernière, emprisonnée à Téhéran, a fait parvenir un message poignant, lu lors de la soirée consacrée aux Combats du Journalisme organisée lundi 2 mai par Reporters sans frontières (RSF) au Théâtre du Rond Point à Paris.

"Je commence tout d’abord par une pensée pour toutes les personnes exécutées, emprisonnées, torturées dans leur lutte pour la justice et la liberté ; pour les assignés à résidence du mouvement vert, madame Zahra Rahnavard, messieurs Mehdi Karroubi et Mirhossein Moussavi ; pour toutes ces femmes et tous ces hommes détenus dans les prisons, pour mon cher et éminent confrère Abdolfattah Soltani, pour les exilés qui ont dû laisser derrière eux notre patrie et leurs familles.


J’écris cette lettre aujourd’hui, 20 avril, jour de mon anniversaire et de mon procès. J’ai été jugée pour la troisième fois en 12 ans. La première fois, c’était en raison de mes propos et mes écrits relatifs aux prisonniers politiques et d’opinion. La deuxième fois, en raison de mes activités au sein du Centre pour la Défense des droits de l’homme et du Conseil national de la paix et de mes protestations contre les événements liés aux élections de 2009. Aujourd’hui, j’ai de nouveau été jugée en raison de mes activités au sein du Centre pour la Défense des droits de l’homme et de mes protestations contre la violation des droits de l’homme. Un des mes principaux chefs d’accusation dans deux de ces procès a été une « activité de propagande contre le régime de la République Islamique » à travers mes entretiens et mes écrits. Quelle meilleure preuve de l’absence de la liberté d’expression en Iran ? Ces textes et entretiens, dont la plupart ont été publiés par des médias étrangers, comportaient une remise en question des lois et des pratiques discriminatoires envers les femmes, une dénonciation de la peine capitale et notamment du maintien de l’exécution des mineurs, une critique de la violation des droits de l’homme et un appel à la reconnaissance de la société civile. Formuler de telles idées dans la presse iranienne est un acte impossible, qui implique immédiatement la suspension du journal en question. Dès lors, il est évident que tout protestataire se voit stoppé dans son élan vers la liberté d’expression et s’il persiste à vouloir exprimer ses opinions ou critiques grâce aux medias étrangers, il se voit systématiquement accusé de propagande contre le régime. Mais encore pire que la sentence et le châtiment encourus est le sort réservé au préalable aux individus placés en détention provisoire en isolement dans le quartier de haute sécurité, pour subir des interrogatoires. La torture morale et psychologique de cet isolement illégal peut durer d’un jour à plusieurs années. Aujourd’hui, il est absolument fondamental de se concentrer sur cet aspect du combat pour la liberté d’expression. De nombreuses victimes de ces détentions abusives sont en effet revenues sur leurs déclarations préalables, allant parfois jusqu’à les contredire sous la contrainte. Cela engendre une pure et simple négation de la liberté d’expression, dans la mesure où persister à exprimer librement ses opinions revient à mettre en péril sa sécurité, sa santé physique et morale, sa vie entière, sa famille. On ne peut donc plus parler de liberté d’expression sans prendre en considération la garantie de la sécurité postérieure à l’expression. In convient donc que les organisations mondiales de défense des droits de l’homme soutiennent plus que jamais les groupements œuvrant pour la défense de la liberté d’expression."