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24 septembre 2020

Le journaliste turc Can Dündar victime d’une vengeance sans fin

Can Dündar (photo : AFP/Joël Saget).
Après avoir été menacé par le président Erdogan, jugé, emprisonné, et avoir échappé à une attaque armée qui l’a contraint à l’exil, le célèbre journaliste Can Dündar risque désormais de voir tous ses biens saisis par l’Etat turc. RSF demande l’annulation d’une mesure inacceptable et revancharde.

La justice turque a imposé le 17 septembre dernier un ultimatum inédit au célèbre journaliste turc Can Dündar. Exilé en Allemagne depuis l’été 2016, le journaliste a 15 jours, jusqu’au 5 octobre 2020, pour comparaître à son procès devant la Cour d’Assises d’Istanbul ou, à défaut il sera considéré comme ‘fugitif’ par la justice turque et l’ensemble de ses biens et avoirs bancaires en Turquie pourront être saisis. Son avocat, Abbas Yalçin, a rappelé en vain à la Cour que Dündar avait assisté à l’ensemble du procès en première instance jusqu’au jour où il a été attaqué devant le palais de justice.


‘Cette mesure, une première depuis 25 ans,  est non seulement ‘contraire aux valeurs de justice démocratique mais aussi injuste, cruelle, revancharde et disproportionnée dans la mesure où elle sanctionne non seulement le journaliste mais l’ensemble de sa famille,  dénonce le représentant de RSF en Turquie, Erol Onderoglu, qui demande son annulation”


Comme l’a résumé lui-même Can Dündar sur l’antenne d’ARTI TV : ‘Le tribunal a décidé en 4 minutes d’audience de la destruction de ce que moi et ma famille avons mis 40 ans à construire’.


Cette mesure a été largement condamnée par des plus de 500 personnalités de la société civile, dont des journalistes, écrivains et académiciens (Baskin Oran, Necmiye Alpay, Hamit Bozarslan, Mihail Vasiliadis, Eren Keskin, Ergin Cinmen, Nurcan Baysal etc), qui ont publié ce mardi 22 septembre, une lettre conjointe pour dénoncer une mesure ‘contraire au droit et revancharde’.


Les ennuis judiciaires de Can Dündar ont commencé à la suite de la publication en 2015 d’un dossier intitulé ‘Voici les armes d’Erdogan ignore’ (“İşte Erdoğan’ın yok dediği silahlar”) par le quotidien Cumhuriyet, dont il était alors le directeur. Le président Recep Tayyip Erdogan avait alors menacé sur l’antenne de la TRT officielle : ‘Celui qui a signé cet article exclusif le paiera très cher. Je ne le laisserai pas comme ça’.  


L’équipe du quotidien Cumhuriyet, qui avait reçu le Prix RSF pour la liberté de la presse en 2015, a été également été la cible d’une vague d’arrestations suite au putsch manqué de juillet 2016.


Can Dündar, a été incarcéré en novembre 2015 pour ‘obtention et diffusion d’informations secrètes appartenant à l’état à but d’espionnage politique ou militaire’ et ‘soutien à une organisation terroriste armée dans toutefois en faire partie’. Après trois mois passés en prison, il a été libéré sur la base d’une décision de la Cour Constitutionnelle turque qualifiant son arrestation d’anticonstitutionnelle.


Le 6 mai 2016, à l’issue de sa comparution notamment pour ‘soutien à une organisation terroriste’, le journaliste échappe de justesse à une attaque armée devant le Palais de justice de Caglayan d’Istanbul. La faible peine à laquelle son agresseur sera condamné (10 mois de prison), pousse le journaliste à prendre le chemin de l’exil. C'est en Allemagne qu’il fonde le site d’information en langue turque Özgürüz (Nous sommes Libres). Can Dündar est par ailleurs aujourd’hui membre de la Commission Internationale de l’Initiative Information et Démocratie, initiée par RSF.


La Turquie se situe au 154e rang sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.